Orchidées sauvages du Steinhart et du Bliesgau : même biotope, deux approches

La fin du mois de mai a été marquée par une effervescence printanière remarquable en Moselle Est et en Sarre voisine. Les passionnés de botanique se sont donné rendez-vous lors de plusieurs sorties nature pour admirer un trésor fragile et fascinant : les orchidées sauvages. Si le Steinhart (France) et le Bliesgau (Allemagne) partagent un patrimoine naturel presque identique, l’approche environnementale de part et d'autre de la frontière révèle des contrastes saisissants.

Orchis bouc - Photo : M. Klein

Un marathon printanier à la découverte des orchidées en Moselle Est

Pas moins de trois sorties thématiques ont été organisées récemment sur notre territoire, rassemblant une soixantaine d'amateurs de nature désireux de percer les mystères de la flore locale.

  • Le samedi 9 mai à Lixing-lès-Rouhling : L'association Steinhart Terre d'Origines, avec le concours précieux de l'ANAB (Association Nature Alsace Bossue), a inauguré ce cycle avec sa traditionnelle sortie annuelle au cœur du Steinhart.

  • Le dimanche 24 mai à Théding : À l'occasion du week-end de la Pentecôte, c'était au tour du collectifUnis pour la Terre de guider le public sur les pentes et dans les forêts de Théding, sous l'égide de l'Office de Tourisme de Forbach.

  • Le lundi 25 mai à Spicheren : Pour clôturer ce long week-end, les CPN (Connaître et Protéger la Nature) de Spicheren ont animé une magnifique promenade à la Kreutzeck, également parrainée par l'Office de Tourisme de Forbach.

Ces parcours didactiques ont permis de mettre en lumière la vie incroyable de ces plantes, qui déploient des stratégies d'adaptation aussi diverses que surprenantes pour survivre.

Un grand merci pour leur compétence et leur professionnalisme à :

  • Roland et Florian Gissinger (ANAB)

  • Patricia Tonnelier et Jérome Greff (CPN Spicheren)

  • Michel Greff (Unis pour la Terre)

Grâce à eux, les participants ont pu (re)découvrir une bonne quinzaine d'espèces d'orchidées.

Orchidées observés lors de la sortie à Théding, le dimanche 24 mai 2026

DANS L'ORDRE DE LEUR DÉCOUVERTE

  1. Orchis bouc

  2. Listère ovale

  3. Orchis pyramidal

  4. Ophrys bourdon

  5. Néottie nid d'oiseau

  6. Platanthère à deux feuilles

  7. Orchis pourpre

  8. Orchis militaire

  9. Céphalanthère à grandes fleurs

  10. Orchis moucheron (pas vu la floraison)

  11. Ophrys mouche

  12. Epipactis de Mueller (pas vu la floraison)

  13. Epipactis à larges feuilles (pas vu la floraison)

  14. Céphalanthère à longues feuilles

  15. Orchis de Fuchs (pas vu la floraison)

  16. (Hybride) O. pourpre X militaire

Nous avons vu 15 espèces d’orchidées et une hybride, dont 4 espèces n’étaient pas en fleur : 10, 12, 13 et 15

Et une fougère protégée : Ophioglosse vulgaire

Texte des orchidées observées de M. Greff

Le massif du Steinhart compte à ce jour environ 26 espèces répertoriées par nos observateurs bénévoles.

Orchis bouc - Photo : G. Schneller (ANAB)

Orchis mâle - Photo : G. Schneller (ANAB)

Céphalanthère pâle - Photo : G. Schneller (ANAB)

Quand la biodiversité devient une fierté nationale : le Bliesgau

Le samedi 23 mai, notre voyage botanique nous a menés de l'autre côté de la Sarre, sur les collines de Gersheim en Allemagne. Dans cette région du Bliesgau, les orchidées locales sont devenues un véritable sujet de curiosité nationale et un moteur d'attractivité touristique.

Le Bliesgau est aujourd'hui “la Mecque” des amoureux des espaces préservés, à tel point que le territoire est officiellement classé comme Réserve de Biosphère par l'UNESCO. Les paysages de basses collines du Bliesgau lui ont valu le surnom de “Toscane de la Sarre”.

 

Lorsque l'on compare le Bliesgau au Steinhart, son pendant français, la similitude des biotopes est flagrante.

Sur le plan géologique et topographique, le sous-sol des deux côtés de la frontière est constitué d'un substrat de Muschelkalk (calcaire coquillier) sur des collines plus ou moins abruptes. On y trouve de nombreuses anciennes carrières de pierre calcaire abandonnées.

De plus, des résurgences de sources plus ou moins pérennes selon la saison donnent naissance à des marais alcalins très spécifiques, occupés par une faune et une flore typiques de ces lieux.

La topographie est globalement identique.
Le point culminant du Bliesgau est le Hannock, qui s'élève à 372 mètres d'altitude, tandis que le point culminant du Steinhart est le Kelsberg à Oeting, culminant à 387 mètres.

Enfin, la densité de la population humaine est exactement la même, à savoir environ 300 habitants au kilomètre carré. La seule nuance réside dans l'organisation économique : le Bliesgau intègre davantage de zones d'activités réparties dans les gros bourgs, alors que chez nous, l'activité post-minière est plus localisée sur des zones spécialisées.

Pourtant, malgré une culture historique commune et une simple frontière fluviale matérialisée par la Sarre, la gestion environnementale de ces deux territoires diffère profondément.

Orchideenpfad Gersheim im Bliesgau

Orchideenpfad Gersheim im Bliesgau

Prise de conscience écologique : le fossé franco-allemand

Le Bliesgau est reconnu pour son intérêt floristique et faunistique depuis 1957. Un véritable culte de la protection de la nature s'y est développé, associant étroitement les citoyens à la préservation des espèces sensibles en les invitant à les reconnaître puis à les protéger.

Du côté français, dans le Steinhart, le chemin à parcourir reste important :

  • Incivilités persistantes : Trop souvent, des déchets ménagers ou de chantiers finissent stockés “temporairement” dans des espaces naturels pourtant sensibles.

  • Manque de sensibilité politique : Trop d'élus locaux considèrent encore une friche, un vieux pré ou un verger comme un espace “sale” qu’il faudrait absolument “nettoyer” ou urbaniser. C'est oublier que la chute dramatique de la biodiversité passe d'abord par la destruction de ces micro-refuges.

  • Poids d'un modèle agricole dépassé : L'écoute accordée à certains discours prônant la suppression des haies ou défendant l'agriculture chimique intensive (en place depuis les années 1970) contribue à asphyxier nos écosystèmes, impactant par la même occasion la santé humaine.

L'orchidée sauvage : une leçon de vie et de citoyenneté

Comprendre le fonctionnement et le cycle de vie d'une orchidée, c'est refuser de fermer les yeux sur la dégradation de notre environnement. Ces plantes complexes ne peuvent survivre sans une interconnectivité parfaite avec le sol, les champignons (mycorhizes) et les insectes pollinisateurs.

L'École de la République devrait impérativement inscrire l'étude et la reproduction des orchidées sauvages au programme scolaire. C'est en faisant toucher du doigt ces interactions fragiles à nos enfants que nous construirons les citoyens responsables de demain. Face aux logiques mercantiles à court terme, il est urgent d'apprendre à respecter la chaîne du vivant si nous voulons léguer aux générations futures un patrimoine naturel préservé, plutôt que des dettes environnementales abyssales.

Pour aller plus loin, découvrez en images la magie et les secrets de la pollinisation de ces fleurs dans notre documentaire vidéo disponible sur youtube et ci-dessous.

Texte rédigé par la plume de J-M Bour pour l'association Steinhart Terre d'Origines.

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