L’héritage religieux d’Ippling : cinq siècles d’histoire

Situé en Lorraine, dans le Steinhart, entre influences françaises et germaniques le village d’Ippling possède une histoire religieuse aussi riche que tourmentée. Des ravages de la guerre de Trente Ans aux bouleversements de la Révolution française, la vie spirituelle de la communauté a été profondément marquée par les conflits politiques, les rivalités seigneuriales et les difficultés matérielles.

À travers les archives et les témoignages d’époque, cet article retrace près de cinq siècles d’histoire religieuse locale : la construction et l’évolution de la chapelle, les luttes pour obtenir un vicaire résident, la pauvreté des desservants et, enfin, l’aboutissement de ces efforts avec la construction de l’église actuelle en 1831-1832.

Cet article se veut volontairement très complet et détaillé. Sa longueur reflète la richesse des sources et la complexité de l’histoire religieuse d’Ippling sur plusieurs siècles. Il manque cependant encore d’illustrations, photographies anciennes, documents d’archives, cartes ou gravures… Si vous possédez des photos, documents ou archives en lien avec Ippling, sa chapelle, son église ou ses acteurs religieux, n’hésitez pas à nous les transmettre. Elles permettront d’enrichir et d’illustrer cet article pour le rendre encore plus vivant et accessible à tous. Bien entendu, chaque image publiée sera accompagnée du nom de son propriétaire ou de la mention souhaitée.


La Lorraine et Ippling vers 1700

Le duché de Lorraine est un pays indépendant pris en tenaille entre le royaume de France et le Saint Empire Romain Germanique.

Comme à partir de 1552 le royaume de France occupe les Trois Evêchés de Metz, Toul et Verdun, l’espace lorrain est une terre partagée. Duché de Lorraine, Trois Evêchés (France) et Saint Empire Romain Germanique (Allemagne) sont entremêlés ; en passant d’un village à l’autre, on change de pays. Evidemment, l’absence de continuité territoriale nuit à la défense et au développement du territoire.

La Guerre de Trente Ans (1618-1648), appelée Schwedenkrieg par nos anciens, fut terrible pour notre région.
Le duc de Lorraine est l’allié des Habsbourg de Vienne et des princes catholiques du Saint Empire Germanique. Face à eux se dressent les princes protestants d’Allemagne, la Suède et, à partir de 1635, le royaume de France. Tour à tour les catholiques de Croatie, les protestants de Suède et les soldats du roi de France occupent notre contrée lorraine, volent, violent et tuent. Les survivants s’installent dans les bois ou quittent la région. Les traités de Westphalie (1648) ne mettent pas fin au conflit. Il faut attendre le traité de Vincennes (1662) pour que la région connaisse un premier répit. A partir de 1672 les Français réoccupent le duché de Lorraine ; ils y restent jusqu’au traité de Ryswick (1697). Nancy et les villes de l’Est lorrain sont à nouveau occupées par les Français de décembre 1702 à janvier 1718.

La famille de Kerpen, installée à Illingen (Sarre) puis à Coblence, possède la haute justice sur le village d’Ippling depuis 1552. Elle considère le village comme terre du Saint Empire Romain Germanique. Mais un procès oblige le baron de Kerpen à reconnaître la souveraineté du duc de Lorraine en 1742 .

Situation administrative et religieuse du Steinhart sous l'ancien Régime (1697)

Une ferme construite par le seigneur sur le ban d’Ippling fut le point de départ du village.
Au XXe siècle cette ferme, située rue de Rouhling, appartient à la famille Meyer.

Vers 1700, Ippling n’est plus composée que de trois maisons. En effet, en 1769 les habitants déclarent lors d’une enquête épiscopale : “Il y a 70 à 80 ans que le lieu d’Ippling n’était composé que de 3 maisons.” Là vivent les rares ancêtres lorrains de la population ipplingeoise.

Les sujets lorrains qui ont survécu à la guerre et à l’occupation sont peu nombreux. Le duc Léopold appelle des immigrants à s’installer dans son duché : les colons sont autorisés à s’emparer des terres inoccupées ; il s’agit essentiellement de catholiques du Vorarlberg, du Tyrol, de Souabe et de Bavière.
En 1721 les nombreuses maisons abandonnées dans les campagnes lorraines et non récupérées par leurs anciens propriétaires sont attribuées à qui les occupe, c’est-à-dire les immigrés.

Au XVIIIe siècle notre village comprend trois quartiers :

  • le “Oberdorf”, autour de la ferme,

  • le “Unterdorf” ou “Dorf”, situé entre le “Oberdorf” et le Strichbach,

  • le “Waldland”, sur la rive droite du Strichbach.

 

Une chapelle, premier lieu de culte

Nous savons qu’un habitant d’Ebring fut brûlé sur le bûcher à Ippling en 1595. Il avait été condamné pour sorcellerie par la justice de la seigneurie de Lixing-lès-Rouhling.

Cependant, le village n’avait pas de lieu de culte jusqu’au XVIIIe siècle.

Sur le plan spirituel Ippling était une annexe de la paroisse de Welferding ; là se trouvaient un prieuré et une église qui relevaient de l’abbaye bénédictine de Tholey (Sarre). La paroisse de Welferding dépendait de l’évêque de Metz et, au-delà, de l’archevêque de Trêves.

Le 2 septembre 1719 vingt-et-un hommes d’Ippling écrivent à l’évêque de Metz. Ils sollicitent l’autorisation de bâtir une chapelle dans le village “pour y pouvoir faire leurs prières journalières et d’y faire dire de temps en temps une messe”. D’une part ils précisent que “les dernières années de guerre” ont empêché une telle construction mais qu’ils jouissent maintenant de la paix et que le nombre des habitants du village s’accroît de jour en jour. D’autre part, les Ipplingeois s’engagent à ce que la chapelle à bâtir, “sous quelque prétexte que ce soit” ne soit jamais érigée ni en paroisse ni en vicariat, c’est-à-dire que le village relèvera à jamais de la paroisse de Welferding.

Les villageois indiquent aussi que le sieur baron de Kerpen s’est “offert, en présence de plusieurs curés voisins, de donner […] la quantité de neuf journeaux de bonne terre labourable pour établir le principe de la fondation de la chapelle” et de “payer durant trois années consécutives à compter de ce jourd’hui chaque laboureur une quarte de froment et chaque manouvrier vingt sols et d’employer le produit dudit grain, argent, et ce qu’ils tireront en outre de la potasse d‘un bois commun, tant en bâtiment de ladite chapelle qu’à sa suffisante fondation et entretien”.

Monseigneur de Coislin, évêque de Metz, signe le 15 septembre 1719 l’autorisation de construction. Il précise que les dimanches et jours de fête les Ipplingeois devront continuer d’aller à la messe à Welferding ; ce n’est qu’en semaine que la messe pourra être lue en la chapelle d’Ippling.

La chapelle est donc bâtie à l’automne 1719. Le matériel utilisé est le bois, payé par les villageois, et il semble que les hommes de la communauté ont construit eux-mêmes le lieu du culte.  

Le 23 janvier 1769 l’abbé BEXON, curé de Reinheim, décrit la chapelle d’Ippling dans un rapport qu’il destine à l’évêque de Metz : “Et de suite avons mesuré sous nos yeux la chapelle dudit Ippling et lui avons trouvé 22 pieds 8 pouces de largeur et trente pieds de profondeur, non compris le chœur qui en a treize et 6 pouces, et autant de largeur que la nef, dont il résulte en tout une longueur de 43 pieds 6 pouces, ce qui en faisant usage de l’allée du milieu et se serrant un peu dans les bancs est suffisant pour contenir les personnes qui y répondent ; on pourrait même à la rigueur se passer d’un très grand jubé qui s’y trouve et qui seul peut contenir plus de 100 personnes. Cette chapelle est d’ailleurs décente, bien tenue, en bon état, et susceptible d’être en cas de besoin prolongée par le devant à peu de frais”.

L’abbé BEXON dresse aussi un inventaire complet du mobilier de la chapelle ; on y relève notamment :

  • Un maître autel de bois assez bien fait, mis en couleur, et décent, ayant un tableau de la Très Sainte Vierge assez fort décent ; il y a une pierre consacrée ainsi que sur l’un des petits autels seulement.

  • Deux autels collatéraux dédiés l’un à la Sainte Vierge dont il y a une assez mauvaise statue, et l’autre à Saint Antoine avec des images de papier de deux liards qu’il conviendrait de faire supprimer.

  • Une assez mauvaise chaire à prêcher, de bois de sapin.

  • Deux crucifix assez décents dont la croix est de bois noir, haute de 18 pouces, et le Christ aussi de bois en couleur de chair, mais assez bien faits.

  • Une croix processionnale de bois et une bannière de fine serge rouge portant d’un côté l’image de la Très Sainte Vierge et de l’autre celle de Saint Dominique.

  • Quatre chandeliers de bois bronzés en argent, de 18 pouces de hauteur pour le maître autel ; il y en [ a ] aussi deux  sur chaque petit autel mais de bois et très grossièrement tournés.

  • Un calice de huit pouces trois lignes de hauteur, dont le pied est de cuivre doré ; la coupe et la patène sont de vermeil.

  • Un très beau missel avec le coussin d’étamine rouge, un rituel, et un graduel in 4°.

  • Une cloche du poids de 270 livres, deux sonnettes, un beau bénitier de cuivre, une paire de burettes d’étain avec leur plat.

Dans une lettre de 1739 le curé de Welferding signale que la chapelle d’Ippling a été construite sur l’invocation de “la présentation de la Sainte Vierge”.

Lorsqu’elle est construite et décorée, l’abbé PARENT, archiprêtre de St.-Arnouald, bénit la chapelle par délégation de l’évêque de Metz.

Enfin, un rapport de 1738 souligne : “on y a fait une fondation, qui consiste en prés et terres arables, outre les 150 écus qu’on a mis en constitution ; le tout porte annuellement environ 70 livres”.

La lecture des plaids annaux de la seigneurie d’Ippling et Ebring nous apprend que des israélites vivaient à Ippling dans le deuxième quart du XVIIIe siècle ; malheureusement ce type de documents n’indique pas s’ils ont une famille. Jacob Natan est présent pendant près de quinze ans. Kaime Natan réside dans le village en 1727 et 1728. Un israélite prénommé Linerman y réside en 1738.

Les troubles des années 1730

Parce que Johann Ferdinand von Kerpen augmente considérablement les corvées dues par les habitants d’Ippling, ces derniers se révoltent en mars 1722 et entament une procédure judiciaire contre leur seigneur. Le baron von Kerpen est débouté de ses demandes en 1742 ; la législation du duché de Lorraine s’appliquera à Ippling. Pour payer les frais de justice à Coblence (première instance) et Wetzlar (appel) et les honoraires de l’avocat, le village doit vendre une part importante du bois de sa forêt.
Evidemment, les relations entre Ippling et la famille von Kerpen sont exécrables pendant au moins une trentaine d’années, alors même que les manants ont besoin de l’autorisation du seigneur ou de son représentant pour de multiples actes de la vie courante.

A ces ennuis avec le pouvoir temporel s’ajoutent des tracas dus au clergé catholique.

Guillaume JOSEPH, curé de Nousseviller-Saint-Nabor, communique à l’évêque de Metz le 17 septembre 1738 une lettre des habitants d’Ippling. Nous sommes en droit de penser que Guillaume JOSEPH a persuadé les Ipplingeois de la nécessité d’un vicaire résident et les a incités à s’adresser à l’évêque.

Rappelons que Woustviller, Rouhling, Hundling et Metzing n’avaient pas de curé en 1738 et que, mis à part Welferding, Nousseviller était la cure la plus proche d’Ippling.

Dans la lettre susmentionnée, on apprend qu’Ippling est composée “de 40 maisons occupées la plupart de plus d’un ménage”. Les requérants écrivent à l’évêque que le service divin ne se célèbre pas dans la chapelle d’Ippling et que les religieux de Welferding n’y viennent que “très rarement et seulement lorsque l’on paye”. Ils soulignent les obstacles du chemin d’Ippling à Welferding, qui empêchent les personnes âgées, les malades et les enfants de se déplacer pour la messe, le catéchisme ou l’instruction. Les villageois soulignent que les difficultés du chemin “empêchent même les prêtres de venir donner les secours spirituels pendant la nuit pour administrer les sacrements aux malades ou le baptême aux enfants” ; ils évoquent aussi les détours qu’ils doivent faire pour ramener les morts à l’église de Welferding. Aussi, les Ipplingeois ont demandé à l’abbé de Tholey, qui est aussi curé de Welferding, de leur octroyer un vicaire qui résiderait à Ippling, détaché soit de l’abbaye de Tholey soit du prieuré de Welferding. Devant le refus de l’abbé de Tholey, ils se disent contraints de s’adresser à leur évêque qu’ils savent attentif “aux besoins et à l’instruction des fidèles qui se jettent à Sa Miséricorde pour les garantir du danger de perdre leurs âmes faute d’instructions et de secours spirituels qui leur sont si cruellement refusés”.

Le 12 décembre 1738 le vicaire général signe un décret ; il demande au curé de Nousseviller de faire un rapport à l’évêque sur la distance entre Ippling et l’église de Welferding, sur les difficultés des chemins et sur la nécessité d’un prêtre résident. De plus, de manière temporaire il autorise les Ipplingeois à se faire desservir par le prêtre Sébastien JOSEPH, neveu du curé de Nousseviller, “et ce à leurs frais et sans préjudice des droits respectifs des parties intéressées”.

Dès lors, Sébastien JOSEPH fait provisoirement fonction de vicaire d’Ippling.

Comme le curé de Nousseviller renonce à faire un rapport sur le village provisoirement desservi par son neveu, l’évêché charge de cette enquête l’abbé GEORGY, curé de Beblenheim et archiprêtre de St.-Arnouald. Ce dernier se déplace à Ippling le 22 février 1739 pour faire son enquête.

Le curé de Welferding fait valoir deux arguments. D’une part, il rappelle que lors de la construction de la chapelle, en 1719, il fut stipulé que la chapelle ne serait jamais érigée en vicariat et qu’Ippling resterait toujours une partie de la paroisse de Welferding. D’autre part, il écrit que le curé de Nousseviller a “cherché les moyens ou de se débarrasser du sieur Sébastien JOSEPH son neveu qui résidait chez lui ou de le placer au détriment de l’abbaye de Tholey et du curé de Welferding”. Le curé de Welferding dénonce le subterfuge des habitants d’Ippling “pour tacher de se perpétuer dans l’indépendance”, c’est-à-dire pour assurer la présence d’un prêtre desservant qui ne soit pas de l’abbaye de Tholey.

Aussi, le jour de la Présentation de la Sainte-Vierge (jour de la fête paroissiale), le curé de Welferding se rend à Ippling pour confesser et dire la messe. Sa présence met bien-sûr de mauvaise humeur le prêtre Sébastien JOSEPH “qui prétendit qu’il était le seul en droit de faire les fonctions pastorales dans la chapelle d’Ippling”. Le curé de Welferding écrit : “le sieur JOSEPH, curé de Nousseviller, son oncle, qui était le même jour audit lieu, lui avait sans doute intimé que le curé de Welferding n’avait aucun pouvoir pour confesser à Ippling”. Sébastien JOSEPH, pour empêcher que le curé de Welferding continue de confesser incite les habitants à sonner la cloche pour rassembler la communauté, “ce qui donna lieu à bien du tumulte et causa beaucoup d’alarme”.

Dans son rapport, l’archiprêtre de Saint-Arnouald stipule qu’Ippling compte 251 habitants répartis en 51 familles. Il confirme que le chemin d’Ippling à Welferding est mauvais et dangereux ; il l’évalue à 1.275 toises de Lorraine et dix pieds “qui font trois quarts d’heure de la moyenne de France”.

Au final, un décret épiscopal du 24 novembre 1739 ordonne à Ippling de reconnaître Welferding comme sa paroisse et le curé de Welferding comme son “unique et légitime pasteur”. Il rappelle aussi qu’il est défendu de lire la messe à Ippling les dimanches et les jours de fête. Ainsi, le ministère de Sébastien JOSEPH à Ippling aura duré un peu moins d’un an.

Alors que l’évêque a débouté Ippling de sa demande, l’abbaye de Tholey et le curé de Welferding ne facilitent vraisemblablement pas la pratique de la religion à Ippling.

La vie était dure à Ippling vers 1740.

La nomination du premier vicaire résident

Le chemin d’Ippling à Welferding est long à pied, alors qu’il faut s’y rendre au moins chaque dimanche pour assister à la messe, les morts doivent y être transportés pour la messe d’enterrement. Le chemin est malaisé. Comme les habitants d’Ippling sont de plus en plus nombreux, ils se déterminent à demander une deuxième fois un vicaire qui les desserve.

L’évêque de Metz désigne l’abbé Claude Léopold BEXON, curé de Reinheim (et futur archevêque de Namur) comme enquêteur.

Dans son mémoire à l’abbé BEXON, Dom Salvin SCHAAD, curé de Welferding, ne se prononce pas sur l’opportunité d’un vicaire à Welferding. En effet, si l’évêque ordonne sa nomination, il sera à la charge de l’abbaye de Tholey laquelle ne veut pas de cette dépense. Il n’avance donc que des arguments de droit, les deux décisions de 1719 et 1739 ne devant jamais être remises en cause selon lui.

Le 23 janvier 1769 l’abbé BEXON rend d’abord visite au prieur des bénédictins de Welferding pour entendre ses arguments. Puis il étudie le chemin de Welferding à Ippling ; il nous faut notamment savoir que jusqu’au milieu du XIXe siècle il y avait une forêt entre les deux villages, où passe maintenant la voie rapide de Roth à Grosbliederstroff, et que jusqu’à l’affaissement de ses sources souterraines à cause des travaux miniers le ruisseau Strichbach charriait beaucoup plus d’eau qu’actuellement ; l’abbé BEXON écrit dans son rapport :

“accompagné de Marc Rumpler et Jean Gerber, habitants députés de ladite communauté pour venir nous en montrer le chemin, et de Marc Decker, architecte de Sarreguemines que nous avions nommé et sermenté pour mesurer la distance de la mère église [ … ] Au moment où ledit Marc Decker commençait en présence de ces deux hommes cette opération sont survenus les nommés Pierre Haffner, Nicolas Priester et Gaspard Glock, habitant, échevin et sergent de Welferding, leur ont fait défense sous peine de prison de la continuer ; en conséquence comme nous n’étions qu’à cent pas devant eux, sur l’avis qu’ils nous ont donné de cet attentat, nous leur avons dit de nous suivre purement et simplement. Deux des susdits habitants de Welferding sont entrés dans la maison curiale sans doute pour rendre compte de ce qu’ils venaient de faire, vraisemblablement comme l’acte ci-joint qui m’a été signifié à Ippling peu d’heures après le prouve, par ordre de M. le Prieur, et nous, accompagnés des trois hommes ci-dessus dénommés, avons continué notre marche vers le lieu d’Ippling, en suivant le grand chemin que nous avons trouvé, quoique la terre fut gelée, être très mauvais, raboteux, rempli de glace et presque impraticable toutes les fois qu’il a plu parce que le fond est fangeux et pourri ; il y a un ruisseau à passer qui est un des plus dangereux qu’il y ait peut-être dans le diocèse, les chevaux et les voitures le passent au gué, et pour peu qu’il ait plu un peu considéra-blement ils y sont à la nage, il y a pour les gens à pied un pont de quelques poutres mises au bout l’une de l’autre ce qui forme un assez mauvais pont dont la tête est de temps en temps inondée ; non seulement il est constant qu’il y a de temps à autres des gens qui y périssent, c’est que nous-même quoique nous fussions à cheval avons failli avoir le même sort il y a environ huit ans.”

“Il y a ensuite une montagne à monter et un bois à traverser, comme nous avons été surtout effrayés à la vue de ce passage qui nous a paru presque impraticable et que nous n’avions pas à craindre les menaces de Monsieur le Prieur de Welferding nous l’avons fait mesurer et avons trouvé qu’il était de la longueur de 266 toises ; ce chemin qui au dire de tous les gens du pays et sur ce que nous avons pu en juger par nous même est de plus d’une lieue, est si mauvais que très souvent les habitants d’Ippling sont obligés de faire un détour considérable en passant sur le ban de Woustviller pour conduire à Welferding leurs morts lorsqu’il est question de leur donner la sépulture. Il y a aussi à côté de ce chemin un petit sentier que suivent d’ordinaire les gens à pied mais qui n’a d’autre avantage sur lui que d’être plus court au plus d‘un dixième car à tous égards il est aussi mauvais et il traverse non seule-ment le ruisseau dont il est parlé ci-dessus mais encore un ravin de plus de 15 pieds de largeur sur autant de profondeur qu’on passe sur deux poutres assez étroites ; encore ce sentier est-il souvent contesté aux habitants d’Ippling par les particuliers et même les religieux de Welferding sur les terres desquels il passe. Ce que lesdits Marc Decker et Marc Rompler avec Jean Gerber dénommés d’autre part ont après lecture et interprétation à eux faites certifié véritable et signé avec nous”. Suivent les signatures des Ipplingeois RUMPLER et GERBER, de l’architecte DECKER et de l’abbé BEXON.

Dans la deuxième partie du rapport il est écrit : “Arrivés audit Ippling pour continuer l’information dont nous sommes chargés nous nous sommes rendus à la chapelle où accompagnés du maire, des échevins, du maître d’école et d’un nombre considérable d’habitants dudit Ippling, nous étant fait donner un état des communiants et enfants capables d’instruction, avons trouvé qu’il y avait 191 communiants et 48 enfants qui vont actuellement à l’école, auxquels il est impossible vu la longueur et la difficulté du chemin d’assister la plus grande partie de l’hiver aux offices et aux instructions de leur paroisse. Les femmes dont la grossesse est avancée à un certain point et presque tous les vieillards en sont totalement privés ; il s’en trouve actuellement 13 de ces derniers qui gémissent de voir entre eux et leur église des obstacles qu’il ne dépend pas d’eux de surmonter et qui les empêchent depuis très longtemps d’y aller ; il est cependant certain que le premier et le dernier âges sont les termes de la vie où les secours spirituels sont le plus indispensable. Les malades eux-mêmes ne peuvent exiger de leur pasteur, séparé d’eux par une distance considérable et des chemins toujours mauvais et souvent impraticables, une assiduité que leur situation et l’état critique dans lequel ils se trouvent leur rend presque toujours nécessaire.”

Enfin, le rapport de l’abbé BEXON finit ainsi : “Ainsi nous estimons que vu tout ce que dessus et des autres parts, vu aussi que le produit de la moitié de la dîme que tirent les religieux de Welferding, sans les novales se montant année commune au moins à 27 paires de quartes, est plus que suffisant pour acquitter les 200 livres de France dont ils seraient obligés de payer ce vicaire.”

“Vu aussi qu’il est contraire aux intérêts de sujets du Roi et à ceux même de Sa Majesté que les actes de leurs baptêmes, de leurs mariages et de leurs sépultures dont dépendent non seulement leurs états mais même souvent la fortune de famille entières, se dressent et soient déposés en terre étrangère telle qu’est Welferding dont dépend le village d’Ippling ; tout concourt à déterminer à Monseigneur l’Evêque à y mettre un vicaire résidant.”

Par une ordonnance du 4 juin 1769, l’évêque de Metz accorde un vicaire résident à Ippling. Il revient.

Les aléas de la Révolution française

Le 4 juin 1789 la communauté d’Ippling demande l’érection de son vicariat en cure parce que Welferding, leur paroisse, qui “n’est ni ville ni bourg, mais pour ainsi dire un faubourg de Sarreguemines, beaucoup fréquenté, rempli de dix cabarets et pourvu de temps en temps de troupes de la garnison de Sarreguemines, est devenu un endroit de séduction, surtout pour la jeunesse, à laquelle il serait dangereux de permettre la fréquentation du service paroissial, puisqu’on lui fournirait par là l’occasion de profaner les saints jours en visitant les cabarets et danses et en contractant des liaisons avec la troupe”. En clair, seul celui qui ne sort jamais de son village peut être préservé du libertinage. L’évêché ne donna pas une suite favorable à la demande.

Jusqu’à la Révolution, Welferding était le siège d’une paroisse qui comptait de nombreuses annexes (Lixing, Ippling, Blies-Schweyen, Woustviller, Rémelfing, Sarreinsming, Hanviller, Rilchingen) ; le supérieur de l’abbaye de Tholey en était curé en titre depuis 1221, mais il n’y venait que rarement ; il faisait desservir la paroisse d’une part par deux religieux de Tholey et d’autre part par quelques prêtres séculiers, comme Jean-Jacques BARTH, qui étaient à sa charge.

Les revenus de la paroisse de Welferding appartenaient au monastère bénédictin de Tholey. Ils provenaient des nombreux biens ecclésiastiques et de l’encaissement de la dîme (impôt appelé “Zehnte” en allemand). A Ippling l’abbaye possédait la moitié des anciennes dîmes (qui concernaient des terres cultivées depuis un temps immémorial) et toutes les dîmes novales (qui touchaient les terres nouvellement cultivées).

En 1789 la France vota la nationalisation des biens de l’Eglise et supprima la dîme. L’abbaye défendit à ses deux religieux installés à Welferding de présenter des comptes au district de Sarreguemines et d’accepter un traitement ; parallèlement elle continua de payer jusqu’au 1er octobre 1791 les vicaires qui desservaient les annexes de la paroisse.

En 1791 la loi française fixa à 700 livres le traitement versé par la nation à l’abbé Jean-Jacques BARTH, vicaire desservant d’Ippling.

 

Lorsque le gouvernement français exigea des ecclésiastiques qu’ils prêtent un serment de fidélité à la Constitution civile du clergé, qui place la loi du pays au-dessus des instructions du Saint-Siège, la quasi-totalité du clergé de notre région resta fidèle à Rome. L’abbé BARTH refusa de prêter le serment et dut quitter Ippling. Le 31 octobre 1792 les autorités civiles le portent sur la liste des émigrés.

 

Jusqu’au Concordat de 1801, l’un ou l’autre des rares prêtres fidèles à Rome qui sont restés dans la région et y vivent cachés viendra baptiser les enfants d’Ippling.

L’abbé Nicolas DORVAUX écrit qu’après le Concordat, Ippling fut succursale grâce à “la générosité des habitants” mais qu’elle perdit ce titre en 1808 et redevint vicariat.

La Fabrique de l’église est créée en application du Concordat de 1801. Le préfet, en accord avec l’évêché, nomme les premiers fabriciens d’Ippling dès 1804.

Nos pauvres ecclésiastiques

Le 10 octobre 1803, l’abbé J. KEESS, vicaire d’Ippling écrit à l’évêché : “on ne pouvait pas mieux me punir de ma désobéissance momentanée dont j’ai le plus grand repentir que de me donner Ippling à desservir. C’est aussi dans le vrai esprit de pénitence que j’y ai vécu jusqu’à présent. Mais à la vacance d’une autre place, quand il vous plaira de m’accorder généreusement grâce, que je supplie avec la plus profonde humiliation, je vous prie de penser gracieusement à moi”.  Le 21 novembre 1804 il écrit une deuxième lettre : “Des places hors votre diocèse me sont offertes où je peux me rendre plus utile à la religion qu’à celle que je dessers. De toutes les grâces que j’ai suppliées jusqu’à présent sans succès, je vous prie très humblement de m’accorder l’unique et dernière : d’envoyer les lettres démissoriales”.

Le 29 septembre 1805 le conseil municipal décide d’un traitement annuel de 500 Francs qui sera donné au desservant. C’est un effort considérable pour le village.

L’abbé Etienne LOTTE écrit à l’évêché en 1810 “pour supplier mon changement d’Ippling” ; il demande une promotion (curé de succursale) car il n’est que vicaire desservant après 28 années de prêtrise. Il précise qu’il a exercé en Allemagne et en Bohême pendant les dix années de son exil du fait de la Révolution. Il ajoute que depuis un an il dessert aussi le village de Woustviller qui est trop éloigné.

En été 1816 neuf chefs de famille (Jacques Saltzmann et “ses partisans”) portent plainte contre l’abbé LOTTE auprès de l’évêché. Il est accusé de “s’adonner aux liqueurs” depuis son installation à Ippling et d’avoir depuis 8 ou 9 ans des comportements déplacés et d’oublier ses devoirs de prêtre lorsqu’il a bu. Pire, le desservant fait creuser le sol à des endroits précis à un certain Jean BECKER, lui disant qu’en invoquant l’esprit malin ils trouveront de l’argent. Les plaignants écrivent aussi que le départ du vicaire rétablirait “la bonne harmonie entre les habitants”. L’évêque nomme l’abbé GREFF comme enquêteur. Ce dernier entend une quarantaine de paroissiens qui décrivent le desservant comme un bon prêtre mais que deux ou trois fois ils ont vu qu’il avait bu et qu’il sait être vif (brutal). L’abbé LOTTE écrit qu’il est “traité comme notre divin maître”.

Nicolas AUGUSTE est vicaire d’Ippling de 1818 à 1821. Il refuse de payer le façonnage du lot de bois de chauffage que la commune lui alloue par affouage. En conseil municipal il est décidé “qu’on n’allouerait pas la façon du bois de Monsieur le Desservant puisque ses prédécesseurs l’avaient toujours acquittée”. L’affaire est portée devant le juge de paix de SARREGUEMINES par l’adjudicataire de la coupe. Le sous-préfet, qui a fait son enquête, écrit au préfet : “je pense que Monsieur AUGUSTE doit le prix du façonnage de son lot. Mais le procédé employé pour le faire payer est inconvenant. Ce n’était pas à la justice de paix qu’on devait en déférer : on devait au contraire s’adresser à l’autorité administrative qui serait intervenue paternellement.” Le 14 septembre 1820 le préfet répond au sous-préfet : “Je vous prie de faire prévenir Monsieur le Desservant qu’il doit payer la façon du bois qu’il reçoit.”

Au détour de cette affaire, les avantages en nature que la commune offre au vicaire sont détaillés : il jouit du presbytère, du jardin y attenant, de 8 jours de terre, d’une pièce de pré et d’un lot d’affouage, d’un lot de regain et d’un supplément annuel de 300 francs.

Le 2 juin 1820 l’abbé AUGUSTE, en réponse à l’action judiciaire qui le vise, sollicite une augmentation du accessoires (avantages en nature) que la commune lui verse. Il est conscient qu’il ne peut solliciter une augmentation du traitement (300 Francs par an) de la part de la commune qui est pauvre. Il écrit que “le traitement des vicaires résidents, qui sont obligés de tenir ménage, est sans contredit le plus faible de tous les traitements ecclésiastiques […] cette nécessité devient absolue à Ippling qui n’est qu’une petite commune où les habitants sont pour les deux tiers les uns pauvres les autres indigents et le reste plus ou moins obéré”. Il poursuit : “Mr BARTH jouissait d’un traitement de 350 Francs et d’accessoires plus forts que ceux que je possède et à une époque où l’on faisait avec un écu autant qu’on fait aujourd’hui avec deux. Qu’on me fasse le même sort, et je pourrai vivre. Mr KESSE, voyant qu’il ne pouvait pas subsister à Ippling et que le conseil municipal se refusait à améliorer son sort, prit le parti de quitter, ce à quoi je me vois exposé si les autorités n’y portent remède. Mr PASTOR était plus que septuagénaire et n’a passé que 15 mois à Ippling ; on prétend que le chagrin d’y être a hâté sa fin. Mr LOTT était riche de son propre fond et aurait pu desservir la commune pour rien s’il l’eut voulu ; cet exemple ne prouve donc rien […] Comment un prêtre, qui n’est pas fortuné d’ailleurs, pourrait-il avec un fixe aussi modique, subsister à Ippling où il faut tout acheter sans exception parce que la commune n’a pourvu à rien suffisamment ?  […] La pauvreté de bien des habitants serait une raison de répartir le traitement du vicaire au moyen des 4 contributions directes et non pas par tête comme cela se pratique à Ippling alors le paiement des 400 francs ne grèvera plus personne, mais ici comme ailleurs les riches font la loi et quand il s’agit d’intérêt ils sont toujours les plus récalcitrants”. Le vicaire écrit encore que le maire “est trop peu délicat” et que les conseillers municipaux “n’ont aucune idée du juste et de l’honnête”.

Le 21 juillet 1821 le curé de Welfeding écrit à l’évêché que son vicaire d’Ippling, l’abbé AUGUSTE, “est tout à fait hors d’état de continuer les fonctions du St ministre comme de dire la Ste messe et comme il va se retirer cette semaine ci chez un de ses parents à Puttelange”, le curé sollicite la nomination d’un nouveau vicaire. Visiblement le ministère à Ippling a eu raison des nerfs de Mr AUGUSTE. 

Au moment de l’arrivée de Monsieur ANDRES, vicaire de 1821 à 1830, des Ipplingeois qui possèdent voiture et chevaux assurent le déménagement des meubles de l’ecclésiastique. La règle voulait que ce transport, facturé ici à 80 francs, soit pris en charge par la commune. Le 24 février 1827 le maire écrit au sous-préfet qu’il n’a pas été possible, comme prévu, de payer ces frais sur le budget de 1823, en raison d’une réduction des recettes, et que les moyens de la commune furent insuffisants en 1824, 1825 et 1826 pour y faire face. Finalement, en sa séance du 23 mars 1827 le conseil municipal trouve moyen d’honorer cette créance vieille de six ans. Les mutations de vicaires sont décidées par l’évêché… mais la commune en payait le prix.

Cette histoire nous montre combien la commune était pauvre. Le moindre imprévu se transformait en souci… Et dire que ce village construira une église quatre ans plus tard !

Le 24 mai 1832 l’ abbé KRAFFT signale à l’évêché que la commune a retranché 50 Francs au traitement de 300 Francs qui lui revient.

La construction de l’église (1831-1832)

Image d’archives de l’Eglise d’Ippling, date inconnue - source mairie d’ippling

En 1826 la commune d’Ippling demande à l’Etat l’autorisation de vendre “la coupe de quart en réserve de ses bois” ; le produit de la vente est destiné “à la reconstruction de son église. Cette reconstruction étant indispensable, … “. 

Le 7 mai 1827 le préfet de la Moselle écrit au gouvernement : “Considérant que la commune d’Ippling consacre le produit de la vente précitée à la reconstruction de sa chapelle et dont la dépense est estimée approximativement à 1.200 francs ; Considérant qu’elle possède 102ha 66a de bois, dont la réserve est de 25ha 67a, …”

Le roi Charles X rend une ordonnance le 3 octobre 1827. Article 1er : “Il sera procédé en trois années successives et par portions égales à partir de l’ordinaire 1829 à la vente et adjudication de la superficie de 25 ha 67 a , formant la réserve des bois de la commune d’Ippling, pour être exploités par expurgade.” Article 3 : “Les bois seront mis en défends 12 ans au moins après l’exploitation.”  

En décembre 1830 il est procédé à la vente de la dernière coupe du quart en réserve. Immédiatement, le maire demande au sous-préfet d’intervenir auprès de l’architecte Jean SCHWARTZ pour qu’il “soit avisé de se rendre en cette commune pour faire le devis de la nouvelle église” … “de manière que l’on peut commencer la reconstruction au printemps prochain”.

Le 6 juin 1831 le conseil municipal d’Ippling se réunit “pour délibérer sur le fond à prendre pour reconstruire l’église de cette commune conforme aux plans et devis dressés par Mr SCHWARTZ architecte à SARREGUEMINES”. Son devis s’élève à 15 958 francs 39 centimes. Le conseil municipal approuve le projet et envisage de couvrir ainsi la dépense :

1. secours accordé par Mr le Préfet : 1 000

2. Montant de la 1e coupe du ¼ en réserve :  5 873

3. Montant de la 2e coupe (principal = 4.982,20 , décime = 498,22) : 5 480,42

4. Montant de la 3e coupe  (principal = 2.523 , décime = 252,30) : 2 775,30

5. Montant des intérêts alloués pour la caisse de service du Trésor, sous les placements de fonds pour
1828 = 24,55,
pour 1829 = 104,98     405,16
pour 1830 = 275,63

Total général des ressources : 15 533,88

Le compte-rendu du conseil municipal précise : “Considérant que la dépense excède la recette de 424 francs 51 centimes, est d’avis, si cet excédant ne sera pas diminué au rabais lors de l’adjudication de l’église, à le couvrir par une vente d’environ deux hectares de bois attenant au quart en réserve de cette commune dont il sera demandé autorisation en cas de besoin.”

Dans son rapport du 07/06/1831, le sous-préfet écrit : “il est urgent de reconstruire l’église d’Ippling”.
La chapelle en bois de 1719 devait vraiment être en mauvais état.

Au moment de l’adjudication, le montant du devis de l’architecte correspondant à la mise à prix du marché, soit 15 958,39 Francs. Les entreprises qui désirent enlever le marché proposent des prix plus bas que le montant du devis et, finalement, le mieux disant l’emporte. Or, lors de l’adjudication du 18 juillet 1831, qui est présidée par le sous-préfet en présence du maire et de l’architecte, le marché de construction de l’église d’Ippling part à 15 930 Francs (soit une réduction de moins de 1%!). 

Alors que la préfecture s’étonne de l’absence de rabais lors de l’adjudication, le sous-préfet répond le 03 août 1831 : “Deux de nos entrepreneurs, ceux qui ont fait les meilleures affaires, ne veulent plus traiter ce qui concerne les communes ; plusieurs autres ne peuvent plus s’en mêler parce qu’ils sont ruinés ; il ne reste plus que trois hommes qui se présentent sur tous les points de l’arrondissement et savent s’entendre pour écarter les concurrents que la nouveauté pourrait tenter ou pousser des amateurs qui leur prêtent leurs noms ; ces trois hommes sont Nicolas BOH, Jean Baptiste HERBER et Louis DECKER, parents ou alliés entre eux.” Le sous-préfet écrit encore que les trois s’entendent afin que les travaux soient adjugés “sans concurrence”. Les archives ne mentionnent pas lequel de ces trois entrepreneurs a effectué les travaux.

Nicolas BOH est le beau-frère de l’architecte SCHWARTZ ; Jean-Baptise HERBER est le neveu de Nicolas BOH. Louis DECKER est leur allié. De commune en commune ils s’entendent pour se partager les travaux et imposer leurs tarifs. La commune d’Ippling en a payé le prix !

Les travaux durent de l’automne 1831 à l’été 1832.

Un rapport du maire en 1850, contresigné par l’abbé Jean KRAFFT, décrit ainsi l’église construite en 1831/1832 : “elle peut contenir dans la nef 600 personnes a moyen d’une tribune pratiquée vers le portail qui est surmonté d’un joli clocher contenant deux cloches” ; il précise qu’elle est longue de 23 mètres et large de 11 mètres. 

En 1833 la commune (et non pas la Fabrique de la paroisse) paie la fabrication de nouveaux bancs. La même année la nouvelle église est bénie.
En janvier 1834 le conseil municipal finance l’achèvement du “pavé en dalle des pierres de taille dans l’église” (travaux exécutés par Monsieur ARNOULD).

Enfin, le 18 avril 1834 le conseil municipal d’Ippling décide de la vente d’une coupe extraordinaire de bois, permettant d’une part la reconstruction du mur de clôture du cimetière et d’autre part la remise en état du maître autel et  la confection de nouveaux autels collatéraux “les anciens étant cause de leur état de vétusté et brisés en partie ne pouvant plus resservir”.

Le marché est ainsi défini :

“Le maître autel sera peint et doré sur toutes les parties qu’ils étaient, de remplacer la menuiserie du devant autel, de faire à neuf une couronne sur le tabernacle pour y exposer le Saint-sacrement et fournitures en tous genres” , “de faire à neuf les deux autels collatéraux semblables à ceux de Kerbach et de fournir à cet effet l’or et la peinture, menuiserie et charpente à son nécessaire, à l’exception des deux pieds déjà construits en plâtre et à l’exception aussi des deux marches des dits autels déjà existants”. Les travaux sont confiés à Mr GULDNER, de Berus, en Sarre ; Le marché est fixé à 985 Francs (615 francs pour le maître autel et 370 Francs pour les autels collatéraux) dont 265 Francs sont couverts par une souscription volontaire.

Dans un rapport au gouvernement en 1832, la sous-préfecture de SARREGUEMINES parle ainsi de la commune d’IPPLING :

“Village de l’ancienne Lorraine, est situé ainsi que Hundling dans le Steinharth.
Cette commune a une église vicariale, qu’elle vient de faire reconstruire, un presbytère, une maison d’école et une maison des pâtres. Elle possède aussi 20 hectares de terres, 1 hectare et 12 ares de prés, 33 ares de patis et 102 hectares 66 ares de forêts. Son moulin vient d’être converti par Mr GANGLOFF, son propriétaire, en une fabrique de clous à la mécanique.
Sa population était de 430 individus en 1831”.

 

En raison des changements de langue liés aux guerres, le nom Steinhart a connu plusieurs variations au fil des époques : Steinharth, Steinhart, Steinart...

 

Le presbytère

En 1769 le premier vicaire fut logé dans une maison, avec grange, écurie et jardin, que la communauté avait loué ; en effet, tant qu’il n’y avait pas de desservant la construction d’un presbytère ne se justifiait pas.

Le presbytère actuel sera construit après 1802 ; les dépendances agricoles y seront jointes au XIXe siècle.

Le 29 mai 1772 les habitants d’Ippling se sont assemblés. Ils sont convenus à l’unanimité d’abandonner au vicaire résidant qui les desservira la jouissance de 18 jours de terre arable à prendre dans le bien communal de 60 jours dans le canton d’Hungerwald, en commencement du chemin de Rouhling, pour lui servir de supplément temporel sans lequel il ne pourrait subsister, “pour ceux demeurer annexés au vicariat tant qu’il demeurera et de se partager le surplus de ce canton en corps de communauté, ensemble”.

Un rapport du maire en 1850, contresigné par l’abbé Jean KRAFFT, décrit ainsi le presbytère : il “se trouve vis-à-vis de l’église dont il n’est séparé que par la rue, il est solidement construit et en très bon état. Il a un rez de chaussée et un étage au-dessus, une écurie y attenant suffisamment pourvue de greniers. Il a un beau jardin  potager derrière attenant à la maison, de la contenance de 17a 74ca . Une fontaine se trouve devant le presbytère.” 

En 1854 Nicolas KIHL, ancien cultivateur, fait don à la commune d’ “une pièce de verger” de 3,90 ares. Dans sa séance du 30 mai 1854, le conseil municipal accepte la donation “dont le but sera de servir d’emplacement à la grange du presbytère”.

Dès le 2 avril 1854, alors que la donation n’est pas effective, le conseil municipal décide de construire une grange et une écurie pour le presbytère. Les travaux sont confiés à Mr KIHL, maçon d’Ippling et parent du donateur. 

Par délibération du 18 avril 1869, le conseil municipal acquiert un verger d’environ 4 ares situé au Sud-Ouest du presbytère ; il est réuni au verger du presbytère.

Un grave conflit éclatera en 1899 entre le curé et le conseil municipal. Ce dernier refuse de faire les travaux de transformation du presbytère que le curé sollicite.

Le cimetière

On ne pouvait pas enterrer les morts au cimetière d’Ippling tant qu’il n’est pas béni, d’autant que des processions y sont prévues ; l’évêque de Metz autorise cette bénédiction en 1769. Jusqu’alors les Ipplingeois étaient enterrés à Welferding.

Le 17 octobre 1819 le conseil municipal d’Ippling autorise le maire “à faire exécuter par économie diverses réparations urgentes”, notamment aux murs du cimetière.

A l’époque de la construction de l’église, l’abbé KRAFFT interroge l’évêché : le cimetière est-il toujours sacré étant donné que les ouvriers du chantier le foulent continuellement ?

En 1834 “le conseil a voté pour la reconstruction du mur de soutènement des terres du cimetière”.

Un rapport du maire en 1850, contresigné par l’abbé Jean KRAFFT, décrit ainsi le cimetière : il “se trouve à l’entour de l’église, il suffit grandement à la population, il est clos de murs”.

Etienne BARREZ décède à Ippling en 1857. La veille de sa mort il fait don à la commune d’un terrain de 18 mètres de long et de 30 mètres de large, attenant au cimetière (côté Nord), ce qui permet d’agrandir ce dernier pour le porter à 900 mètres carrés. 

En 1858 une quête pour la construction du mur du nouveau cimetière, faite par la commune à l’initiative de M. le curé, produit 333,50 Francs .

Ippling devient paroisse

Dès le retour du culte catholique en 1801, Ippling a demandé à devenir une succursale  desservie par un curé et non plus une annexe desservie par un vicaire au curé de Welferding quant bien même il réside au village.

La différence vient de ce que le curé d’une succursale est rétribué par l’Etat alors que le vicaire résident est pris en charge par la commune. L’érection en succursale assure un traitement plus important au prêtre et soulage les finances de la commune. De plus, à partir de 1802 l’église de Welferding est trop petite pour contenir chaque dimanche la population de ce bourg et de toutes les annexes de la paroisse.

Le changement de statut nécessite cependant l’accord de l’évêque et du préfet. Ce dernier est bien-sûr sollicité sur le même sujet par de très nombreuses municipalités mais n’a pas le budget pour rétribuer tant de prêtres.

Le 14 juin 1850 le sous-préfet écrit que le paiement du traitement du vicaire par la commune d’Ippling est très onéreux et nécessite “une imposition sur l’affouage.” Le sous-préfet poursuit que la population est de 515 personnes en 1850 au lieu de 280 au moment de l’établissement du vicariat. L’évêque écrit au préfet, à propos de la commune d’Ippling : “le traitement du vicaire est une charge annuelle qu’elle supporte difficilement. Elle a droit au titre ecclésiastique qu’elle sollicite”. Finalement, le7 septembre 1850 le préfet écrit : “La commune a été reconnue avoir droit au titre ecclésiastique qu’elle sollicite en raison des sacrifices considérables qu’elle a faits pour agrandir son église, la pourvoir du mobilier nécessaire à la célébration de l’office divin, et approprier le presbytère”. Le dossier semble abouti. Et pourtant… il faut encore attendre ! 

La délibération du conseil municipal du 28 novembre 1856 relate que “depuis 1802 la commune d’Ippling est obligée de s’imposer extraordinairement pour parfaire le traitement de son vicaire résident”.

Le 13 août 1864 un décret de l’empereur Napoléon III érige Ippling en succursale.

La transformation de l’église 

En 1863 la nef est agrandie d’une travée.

Et en 1869 une restauration de l’église s’impose.
Le 7 juin 1869 le maire écrit au sous-préfet : “quant à l’église, il serait nécessaire que le plafond et surtout le cintre pussent être commencés le plus tôt, afin qu’ils sèchent encore pendant la belle saison”.

Joseph SCHATZ, architecte à SARREGUEMINES, dresse un projet. Il comporte non seulement les travaux de restauration de l’église mais aussi la construction d’une sacristie et d’une tribune que la commune n’avait pas pu financer en 1831/1832. Le devis s’établit à 6 500 Francs. Lors de l’adjudication des travaux, le 28 juillet 1869, seul Paul BARTZ présente une offre, d’un montant de 5 682,89 francs ; le marché lui est donc accordé. Né en 1832, Paul BARTZ était sculpteur avant de s’installer comme entrepreneur à SARREGUEMINES. 

En sa séance du 2 mai 1869 le conseil de fabrique décide de contribuer à la dépense par une somme de 1 000 Francs. Le reste des travaux est à la charge de la commune qui pour faire face envisage à nouveau une coupe extraordinaire de bois. 

Alors que Joseph SCHATZ assure la direction des travaux, les conseillers municipaux RISSE et ROTH suivent les travaux en tant que membres de “la commission chargée de surveiller les travaux”. 

Parallèlement, l’autel restauré par Mr GULDNER en 1834 est remplacé en avril 1869 par un autel en marbre (de 3 000 Francs).

En octobre 1869 un nouveau chemin de croix est acquis.

Quelques lignes sur le XXe siècle 

La visite canonique du 21 décembre 1908 donne la situation de la paroisse et décrit le comportement des paroissiens. Ippling compte alors 460 paroissiens catholiques, tous de langue allemande, dont 295 doivent communier à Pâques. En matière de pratique religieuse, le rapport est très éloquent :

  • quatre hommes et une femme ne communient pas.

  • tous les hommes sont absents à la messe en semaine.

  • des hommes se tiennent sous le clocher le dimanche et n’entrent pas dans l’église pour la messe.

  • des ouvriers ne pratiquent plus (les ouvriers sont alors des personnes qui travaillent dans des grandes entreprises situées hors du village, essentiellement les ateliers du chemin de fer et la faïencerie, à Sarreguemines).

Quant aux enfants, il est écrit que la pratique ne se poursuit pas après leur sortir de l’école car “tous ou à peu près vont à la fabrique”. 

Le rapport déplore aussi les “ivrogneries, danses, réunions mauvaises” mais se félicite de ce qu’il n’y a ni concubinage, blasphème ou partis politiques. “Les principaux des hommes qui répandaient des idées libérales, socialistes, athées ou immorales sont partis du village depuis quelques temps”. On lit cependant des “mauvais journaux” dont le nombre n’est pas indiqué.   

En matière de reliques, le rapport nous enseigne qu’il existe à Ippling un particule de la Ste Croix (dans le coffre-fort de la sacristie) et que “le Vendredi Saint quelque fois après le chemin de croix on donne la bénédiction avec cette croix”. Enfin, une confrérie est présente dans la paroisse : “l’archiconfrérie du Très Saint Cœur de Marie”.

L’histoire de la paroisse d’Ippling nécessiterait encore d’autres développements, qui porteraient sur les sujets suivants :

  • acquisition, refonte et confiscation des cloches,

  • statues et icônes qui ornent l’église,

  • achat et description des vitraux,

  • évacuation des objets du culte en 1939/1940 ,

  • dégâts à l’église durant la 2e guerre mondiale,

  • reconstruction après 1945,

  • décoration de l’église après le concile Vatican II ,

mais aussi :

  • les dons des paroissiens à l’église,

  • les fondations de messes,

  • les comptes de la Fabrique,

  • etc.

Un travail ultérieur permettra peut-être de décrire ces épisodes de notre histoire locale, afin que les générations à venir aient une idée des joies et des peines d’une communauté villageoise du Steinhart.

Liste des ecclésiastiques qui ont desservi l’église d’Ippling

  • 1769 – 1792 : Jean-Jacques BARTH,

  • 1792 – 1803 : pas de desservant pendant la Révolution

  • 1803 – 1806 : J. KEESS

  • 1806 – 1807 : Jean Nicolas PASTOR

  • 1807 – 1818 : Etienne LOTTE

  • 1818 – 1821 : Nicolas AUGUSTE

  • 1821 – 1830 : ANDRES

  • 1830 – 1851 : Jean KRAFFT, décède en 1851 à 45 ans

  • 1851 – 1853 : Jean MATZ

  • 1853 – 1859 : Jacques FUND, décède à Sarreinsming en 1884 à 59 ans

  • 1859 – 1868 : Jean-Pierre SIEBERT, né à Grosbliederstroff en 1830

  • 1868 – 1872 : Joseph-Albert-Ambroise LANGE, né en 1836

  • 1872 – 1881 : Jean-Frédéric BOULANGER, né à Pontpierre en 1835

  • 1881 – 1883 : André MULLER, né à Achen en 1851

  • 1883 – 1910 : Jean GRAU, né à Walschbronn en 1845, décède en 1909

  • 1910 – 1925 : Charles LUCAS, né à Rollingen (Luxembourg) en 1859

  • 1925 – 1931 : Jean BEHR, né à Bettviller en 1880

  • 1931 – 1963 : Gustave JUNG, né à Forbach en 1888

  • 1963 – 1965 : Nicolas DURAND, curé de Hundling

  • 1965 – 1968 : Emile AIME, de la paroisse St.-Nicolas à Sarreguemines

  • 1968 – 1983 : Alphonse NATHIE

  • 1983 – 1994 : Henri NICOLAY, curé de Metzing

  • 1994 – 1997 : Paul PEIFFER, curé de Hundling

  • 1997 – 2000 : Joseph JOST, curé des cinq clochers

  • 2000 – 2003 : Joseph DIDELON, curé des cinq clochers

  • 2003 —        : Joseph DIDELON et Bernard MOLTER, curés des huit clochers

Sources : Denis BOUR, textes de “le culte catholique à Ippling” édité par la Fabrique de la Paroisse d’Ippling
L’auteur remercie Monsieur Didier HEMMERT, archiviste de la Ville de SARREGUEMINES, pour ses bons conseils.
Archives Départementales de la Moselle, cotes n° b9331, 29J43*, 29J108, 29J362, 29J373, 29J377, 29J575, 29J740, 29J978, 29J1328, 2Op571, 2Op572 et 8Op108. 
Bibliographie : Abbé Nicolas DORVAUX : “Les anciens pouillés du diocèse de Metz” (Nancy, 1902)
Chanoine Paul LESPRAND : “Le clergé de la Moselle pendant la Révolution” (Montigny-lès-Metz, 1937)

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