Sous les feuilles, les reines bourdons préparent le printemps
En ce moment même, alors que les jardins semblent endormis, l’avenir des fleurs, des potagers et des paysages du printemps repose sous nos pieds. Cachées sous une fine couche de terre, nichées entre les feuilles mortes, les broussailles ou les herbes hautes, les reines bourdons passent l’hiver en dormance. Elles attendent là, immobiles, jusqu’à leur émergence (qui varie selon les régions, mais se situe généralement entre avril et mai dans le Steinhart), moment où elles fonderont une nouvelle colonie.
Ce cycle fragile peut être brisé par des gestes anodins.
Ratisser, retourner la terre, souffler les feuilles… autant d’actions qui peuvent détruire une reine sans que personne ne s’en aperçoive, condamnant une future colonie avant même qu’elle n’existe. Chaque année, des pertes se produisent simplement parce que l’on nettoie trop tôt le jardin.
Le cycle de vie des bourdons : une année, une reine
Contrairement aux abeilles domestiques qui vivent en colonies permanentes, les bourdons fonctionnent selon un cycle annuel centré autour d’une seule reine :
Fin du printemps/début de l’été, fondation de la colonie : La reine sort de son hibernation, cherche un abri (trou de rongeur, talus, tas de mousse…) et commence seule ses premières cellules. Elle élève elle-même les premières ouvrières.
Été, expansion : Les ouvrières prennent le relais, elles butinent, nourrissent les larves, agrandissent le nid. La colonie atteint son apogée avec plusieurs dizaines, parfois des centaines d’individus.
Fin d’été/automne, naissance des futures reines : La colonie produit des mâles et de nouvelles reines.
Ce sont ces jeunes reines qui assureront la survie de l’espèce.Automne, accouplement et dispersion : Les reines s’accouplent, se gavent de nectar, puis cherchent un site d’hivernation.
Hiver, hibernation : Tous les autres bourdons meurent avec le froid. Seules les reines survivent, enfouies sous quelques centimètres de terre ou sous un tapis de feuilles.
Ainsi, une seule reine = une colonie entière l’année suivante.
La protéger revient à préserver des centaines de pollinisateurs.
Pourquoi les reines se réfugient sous les feuilles en hiver ?
Les reines ne choisissent pas les feuilles mortes par hasard. Cet habitat naturel offre tout ce qu’il leur faut pour survivre plusieurs mois sans bouger :
Isolation thermique : Les feuilles forment une couverture protectrice qui limite le gel et stabilise la température du sol.
Humidité constante : L’air sous les feuilles est moins sec, indispensable pour éviter la déshydratation de la reine.
Protection mécanique : La couche de feuilles amortit le vent, la pluie, les chocs et même le piétinement léger.
Camouflage parfait : Un tapis de feuilles brunes rend leur présence totalement invisible.
C’est pourquoi souffler ou ratisser le sol en automne/hiver peut anéantir, sans qu’on le voie, des reines qui auraient fondé toute une colonie au printemps.
Comment protéger les reines bourdons, pour nos jardins de demain ?
Quelques gestes simples peuvent réellement faire la différence.
Laisser les feuilles au sol, par exemple, permet d’offrir aux reines un abri précieux plutôt qu’un supposé “désordre” à éliminer.
Éviter les souffleuses est tout aussi essentiel, car elles détruisent une grande partie de la petite faune qui se cache dans la litière végétale. Mieux vaut également retarder le ratissage, la tonte ou tout travail de la terre jusqu’aux premiers redoux du printemps (généralement entre avril et mai) afin de ne pas perturber les reines encore en dormance.
Enfin, préserver un petit coin sauvage du jardin, avec herbes hautes, feuilles et broussailles, constitue un refuge idéal.
Un jardin silencieux maintenant, c’est un jardin vibrant plus tard.
Protéger les reines, c’est protéger tout ce qui fleurit, et tout ce qui en dépend…