Les Terres de Jim 2026 : la plus grande fête agricole d'Europe, au pied du mur
Il y a 11 ans, c'était à Metz-Frescaty, cette année c'est à Metz-Magny. Les Terres de Jim (la plus grande manifestation agricole de plein air d'Europe) reprend du service !
Sauf que cette fois, la fête a un goût particulièrement amer.
Il y a eu cinq périodes de canicule en 2026, des records de températures inédits sur l'ensemble de l'année, des pertes de rendement en cascade, un monde agricole sous pression sur tous les fronts à la fois. Pas sûr que l'ambiance sera à la fête.
Quand “les emmerdes volent en escadrille”
Jacques Chirac l'avait dit : les emmerdes volent en escadrilles. Il parlait de la politique. Il aurait pu parler de l'agriculture française en 2026.
Des pertes de rendement généralisées : La sécheresse de cet été a frappé dans tous les sens (céréales, maraîchage, arboriculture). Nos articles sur les mirabelles du Steinhart et sur Bousbach au printemps l'avaient déjà documenté, nos campagnes brûlent, lentement, sans que personne ne semble vraiment en mesure de changer de cap.
Des pertes en élevage : La canicule a décimé des troupeaux, asséché des pâtures, renchéri les coûts d'abreuvement et d'alimentation dans des proportions que les bilans d'exploitation ne peuvent plus absorber.
L'inflation des intrants : Engrais, carburant, phytosanitaires… les coûts de production ont explosé, les prix à la sortie de l'exploitation eux n'ont pas suivi au même rythme.
Les engrais phosphatés contaminés au cadmium : Une découverte récente qui devrait faire la une de tous les journaux et qui reste dans les petits caractères. Des engrais utilisés massivement, contaminant des sols qui nourriront nos enfants pendant des décennies. Le cadmium est un métal lourd cancérigène. Il ne se dégrade pas, il s'accumule.
La réintroduction de l'acétamipride : Interdit en 2018, ce néonicotinoïde (tueur d'abeilles très largement documenté) a été réintroduit dans le cadre de la loi d'urgence agricole. Autrement dit, face à la crise, on a choisi de reculer sur l'environnement plutôt que d'avancer sur les solutions. Le signal envoyé à ceux qui défendent les pollinisateurs est sans ambiguïté.
Un milliard d'euros d'aide supplémentaire vient d'être arraché de haute lutte par Arnaud Rousseau, le “vrai” ministre de l'Agriculture, président de la FNSEA et partisan inconditionnel d'une agriculture productiviste mondialisée, soutenu par Annie Genevard.
Un milliard. Obtenu d'un gouvernement qui “gère” 3 500 milliards de dette, et dont le taux d'intérêt vient de dépasser celui de la Grèce.
On paie les dégâts plutôt que de changer le modèle, autrement dit, on arrose le feu avec du kérosène.
Le contexte politique
Sur le plan intérieur, le budget est une équation impossible à boucler. Les lignes de fracture s'élargissent.
Sur le plan européen, Jordan Bardella sort du bois, on le voit désormais ostensiblement aux côtés de Nigel Farage, le leader de Reform UK, pendant que le continent cherche comment financer sa défense commune.
Et en Allemagne, l'AFD caracole en tête dans le Land de Saxe-Anhalt à Magdebourg.
Tandis que Jean-Luc Mélenchon utilise la victoire de l'AFD et la reconversion de l'usine Osnabrück de volkswagen en usine de fabrique d'armements comme épouvantail anti-allemand...
Bonjour l'ambiance dans la salle d'attente de l'Europe.
Et pendant ce temps, à Bousbach dans le Steinhart...
Le commissaire enquêteur a rendu ses conclusions : le remembrement serait une bonne chose.
Dans un territoire qui essaie, tant bien que mal, de se protéger des conséquences néfastes de ce projet sur sa biodiversité.
Dans un territoire où nous avons documenté, à l’aide d’experts, article après article, ce que représentent les haies, les mares, les ornières forestières, les corridors écologiques…
Dans un territoire où l'on sait que le ruissellement des terres nues envoie la terre arable dans les rues du village à chaque orage violent.
Un seul arbre en pleine santé fait le travail de 10 climatiseurs.
Une haie trentenaire contribue à réguler les températures locales de façon mesurable et documentée.
Ces arbres, ces haies, ces lisières (que chaque projet de remembrement met en danger) sont notre système de climatisation naturel, gratuit, silencieux, et non polluant.
Et on envisagerait de les supprimer pour les remplacer administrativement par des haies replantées avec subventions, sur des parcours adaptés aux tracteurs mais pas aux oiseaux, pas aux insectes.
Uniformiser les parcelles. Supprimer les haies. Accélérer mécaniquement le réchauffement climatique local.
Quand une haie est arrachée, il faut 30 ans pour qu'une nouvelle haie devienne fonctionnelle.
Il faut 50 ans pour qu'elle devienne un vrai refuge de biodiversité.
Nous en avons déjà parlé dans notre article au printemps.
Le commissaire enquêteur, lui, ne semble pas avoir lu cet article ni ses commentaires, puisqu'il n'a trouvé que 2 orchidées connues et une troisième inconnue sur l'ensemble des 26 orchidées sauvages qui couvrent notre terroir.
Ce que cette fête agricole dit de notre époque
Les Terres de Jim sont une belle vitrine, des machines impressionnantes, des innovations réelles, un savoir-faire agricole qui mérite le respect. Nous ne sommes pas là pour cracher dans la soupe.
Mais une fête agricole qui se tient après 5 canicules, avec la réintroduction d'un pesticide interdit, des engrais au cadmium et un milliard d'euros d'aide d'urgence financé par un État surendetté… sans remettre le moins du monde en cause son fonctionnement intrinsèque... vers où allons nous ?
J. Chirac disait “Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. La nature, mutilée, surexploitée, ne parvient plus à se reconstituer et nous refusons de l'admettre.” c'était en 2002, au Sommet de la Terre à Johannesburg…
Ça n'a pas changé.
Excepté que +20 ans plus tard, notre maison brûle de plus en plus fort