La lentille verte du Steinhart : reconnue en Sarre, inconnue en Lorraine !
La publication de notre article La lentille verte du Steinhart et le paradoxe français, suivie de notre assemblée générale du vendredi 30 janvier, a suscité de nombreuses réactions.
Lors de cette AG, nous avions eu la bonne idée de distribuer à chacun des 30 participants présents un sachet de 500 g de lentilles bio du Steinhart, d’une valeur de 3,50 €. Un geste simple, mais révélateur.
Face aux échanges, aux retours et aux interrogations qu’il a provoqués, nous avons décidé de publier ce second article complémentaire, afin d’aller plus loin dans l’analyse : quand nos productions locales sont mieux valorisées par nos voisins allemands et ignorées par nos distributeurs locaux.
Dans le même temps, une enquête diffusée par france.tv alertait l’opinion publique sur la situation préoccupante de la lentille française.
Un constat qui dépasse largement le Steinhart
Notre enquête locale illustre parfaitement plusieurs réalités nationales :
le déclin progressif de l’agriculture française,
la colère légitime des paysans,
la perte de nos racines agricoles,
le double jeu de certains responsables de la FNSEA (Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles),
et la complaisance d’un monde politique, de gauche comme de droite, souvent trop proche des intérêts économiques dominants.
À cela s’ajoute le comportement irresponsable de certaines chaînes de distribution françaises, qui exploitent toutes les failles de la législation pour importer massivement des produits alimentaires cultivés avec des pratiques interdites chez nous.
Ces choix augmentent les marges et les dividendes des actionnaires, au détriment de notre santé, de notre souveraineté alimentaire et de la biodiversité de nos campagnes.
Importations, discours et contradictions
Prenons quelques exemples parlants.
Carrefour commercialise des lentilles canadiennes sous sa marque Carrefour Classic, alors même que son directeur général, Alexandre Bompard, déclarait récemment en prime time qu’il n’achèterait jamais de viande issue du Mercosur.
De son côté, Vivien Paille, propriété du groupe Avril, commercialise également des lentilles importées. Or le président de ce groupe n’est autre que Arnaud Rousseau, également président de la FNSEA, syndicat agricole chrétien majoritaire historiquement très proche des gouvernements successifs.
Cherchez l’erreur.
Une surprise locale… et révélatrice
Notre enquête sur la lentille du Steinhart nous a également réservé une surprise de taille.
Les tentatives répétées de nos producteurs bio pour référencer leurs lentilles dans les grandes surfaces de la région se sont toujours soldées par un retrait rapide, officiellement pour cause de ventes insuffisantes. En réalité, la pression exercée par les fournisseurs “classiques”, via des politiques de remises agressives, pousse systématiquement nos produits hors des rayons.
Nous avons donc décidé de franchir la frontière et de nous rendre dans un grand magasin allemand, à proximité immédiate du Steinhart. Sur place, nous avons interrogé un responsable du rayon lentilles… un Français, habitant Kadenbuure (Cadenbronn), au cœur même du Steinhart.
Et là, le constat est édifiant.
Nous y trouvons :
des lentilles allemandes (sans précision d’origine exacte),
des lentilles autrichiennes,
des lentilles turques,
et surtout, mises en valeur et bien présentées : des lentilles du Saarland.
En regardant de plus près l’emballage, surprise : il s’agit de lentilles noires “Beluga” produites par un petit producteur bio de Nousseviller-lès-Bitche, dans le Bitcherland. Un second emballage met en avant des lentilles vertes produites par un autre producteur bio de Landroff, au pays de Morhange.
Et le plus troublant, c’est que ces lentilles commercialisées sous la marque “Saarland” mettent en avant, sur leurs emballages, tous les bienfaits d’un terroir préservé, celui du muchelkalk (calcaire coquiller), un discours qui valorise la qualité des sols, la proximité, la biodiversité et le savoir-faire paysan… autant d’arguments qui décrivent en réalité notre propre terroir, celui du Steinhart et de ses environs immédiats.
“La diversité des sols en Sarre, tantôt calcaires (muchelkalk), tantôt de grès bigarré (buntsandstein), semble avoir un effet positif sur les lentilles. Cultivées dans des champs où poussent également de l'avoine et de la caméline, nos lentilles vert foncé mouchetées deviennent ici un mets délicat et aromatique.” - “Ces lentilles brun clair à rougeâtre sont cultivées en Lorraine voisine. Elles sont originaires de Champagne. Cependant, de nombreux indices montrent qu'elles ont toujours été appelées “lentilles de Lorraine” dans les régions germanophones.” - “En effet, Hieronymus Bock (1489-1554) mentionne déjà dans son “Kräuterbuch” (livre sur les herbes) de 1546 les bonnes lentilles de Lorraine : “Elles sont identiques aux autres lentilles, mais beaucoup plus belles”. Et le “Correspondenzblatt des Königlich Württembergischen Landwirtschaftlichen Vereins” (Journal de correspondance de l'Association royale agricole du Wurtemberg) de 1836 mentionne une “lentille rougeâtre de Lorraine”.
Ainsi, nos lentilles locales sont reconnues, racontées et valorisées ailleurs, tandis qu’elles ne trouvent ni place ni visibilité sur notre propre territoire.
Où sont valorisées nos lentilles ?
En Sarre. Sous image sarroise.
Voilà donc où nos lentilles sont reconnues, valorisées et correctement mises en avant : dans les magasins sarrois, parfois à quelques kilomètres seulement de leur lieu de production… mais invisibles ou marginalisées dans nos rayons.
Steinhart Terre d’Origines s’intéresse pleinement à la culture alimentaire de son territoire et s’emploie, contre vents et marées, à défendre activement les productions locales.
Maintenant que vous savez :
ne vous laissez plus manipuler,
devenez des acteurs responsables de votre alimentation,
boycottez les lentilles issues du CETA et chargées de pesticides,
achetez autant que possible directement chez nos producteurs,
et, pour les habitants du Steinhart, privilégiez les magasins qui proposent nos lentilles, même lorsqu’elles sont commercialisées sous une étiquette “Saarland”.
Reste le cas, plus préoccupant encore, des plats cuisinés, conserves, cantines, selfs et restaurants collectifs.
L’origine des lentilles n’y est presque jamais indiquée.
Nos enfants en sont les premières victimes potentielles.
Enfin, une question demeure sans réponse : où sont les lentilles chinoises, pourtant bien présentes dans les chiffres officiels d’importation, mais invisibles dans nos rayons ?
À vous d’imaginer où elles se cachent désormais.
Dans le Steinhart, vous ne pourrez plus dire : ”Ah… on ne savait pas.”