La lentille verte du Steinhart et le paradoxe français

Depuis de nombreuses années, la Lentille verte du Puy-en-Velay est reconnue et appréciée aussi bien en France qu’à l’international.

Cultivée par près de 900 producteurs sur le plateau volcanique du Puy-en-Velay, en Auvergne, elle s’étend sur environ 4 500 hectares et représente une production annuelle de 4 500 tonnes, soit près de 10% de la production française et environ 5% de la consommation nationale. Elle bénéficie d’une Appellation d’Origine Contrôlée (AOC) depuis 1996, sur 88 communes implantées sur les sols basaltiques volcaniques d’Auvergne, un terroir unique.

À la consommation, son prix se situe autour de 10€ le kilo, contre 5€ le kilo, voire moins, pour des lentilles sans AOC ni valorisation marketing spécifique.

France, Canada, Turquie, Chine : panorama des flux mondiaux de lentilles

Les surfaces cultivées en lentilles ont considérablement augmenté en France, parallèlement à une forte hausse des importations.

En France, près de la moitié de la production nationale de lentilles, soit environ 28 000 tonnes en 2022, est issue de l’agriculture biologique, cultivées sur près de 28 000 hectares, dont une part significative se situe dans le Grand Est, avec environ 7 060 hectares cultivés en 2023, soit près de 25 % des surfaces françaises de lentilles.

Pourtant, notre pays importe chaque année près de 40 000 tonnes de lentilles, principalement en provenance du Canada, qui exporte à lui seul près de 2 millions de tonnes à travers le monde, mais aussi, dans une moindre mesure, de Turquie et de Chine.

Lentilles en France : entre production locale et concurrence mondiale

Les surfaces cultivées en lentilles en France ont fortement progressé au cours des dernières décennies, répondant ainsi à la nécessité de diversifier nos sources de protéines végétales. Malgré cette dynamique, la production nationale ne couvre toujours qu’environ la moitié de la consommation française.

Un paradoxe saisissant lorsque l’on sait que cette légumineuse de la famille des Fabacées est connue et consommée dans notre pays depuis l’Antiquité.

Une première explication se trouve sans doute du côté du CETA, cet accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne.
S’il constitue une opportunité économique pour les affaires et la grande distribution, sommes-nous réellement en concurrence à armes égales ? Les lentilles canadiennes, issues du premier producteur mondial, sont cultivées sur de très grandes surfaces, selon un modèle intensif, avec l’usage d’engrais chimiques, de pesticides divers et plusieurs applications de glyphosate, y compris pour accélérer le dessèchement avant récolte. Elles arrivent ensuite sur le marché européen par divers circuits, à des prix extrêmement compétitifs, et sont achetées par le consommateur, souvent sans réelle information sur leur origine et leur mode de production.

La seconde explication réside dans une hypocrisie largement partagée par les intermédiaires.
De la restauration collective à la fabrication de plats préparés, en passant par les industriels de l’agroalimentaire, nombreux sont ceux qui commercialisent des produits à base de lentilles dont l’origine n’est jamais clairement indiquée.

Photo d’un plat cuisiné fabriqué en France à partir d’ingrédients transformés. La viande de porc est d’origine France. Aucune précision n’est donnée sur la provenance exacte des lentilles “lentilles vertes sèches”. Certaines descriptions commerciales d’autres produits du fabricant mentionnent une origine France pour les lentilles (pas sur notre conserve ci-dessus), mais il n’est pas possible d’identifier publiquement depuis quand cette mention est utilisée, ni si le récent scandale dans les filières de lentilles (novembre 2025) a conduit à une modification du packaging ou de la communication. Le produit ci-dessus demeure fabriqué en France à partir d’ingrédients transformés, la production agricole des ingrédients n’étant pas réalisée par le fabricant. -Pour la majorité des fabricants, l’origine des ingrédients est en général occulté.-

Origine des lentilles et grande distribution : le poids du double discours

Ce double discours, devenu presque un sport national à plusieurs niveaux, concerne également une partie de la grande distribution, dont les déclarations médiatiques ne correspondent pas toujours aux pratiques observées sur le terrain.

Il ne s’agit pas d’imposer ce que chacun doit consommer, mais il s’agit de pouvoir faire un choix éclairé et responsable. Chacun doit rester libre de choisir des produits alimentaires sains, quelle que soit leur origine. Mais cette liberté suppose légalité, transparence et information claire, afin que chaque consommateur puisse acheter en toute connaissance de cause, ce qui est loin d’être systématiquement le cas aujourd’hui.

Producteurs locaux et lentilles françaises : un choix éclairé pour l’alimentation et l’environnement

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les Français consomment en moyenne un peu moins de 1,5 kg de lentilles par an et par personne.
Rapporté au Steinhart, cela représenterait plus d’une quarantaine de tonnes de lentilles chaque année.
Soit environ 40 hectares de cultures BIO de proximité, avec en prime une biodiversité renforcée et un bilan carbone au plus bas.
Soutenir cette production, c’est adopter une véritable attitude citoyenne, responsable et bénéfique pour tous.

Trop souvent, les discours officiels de soutien aux agriculteurs ne correspondent pas aux actes. On affirme vouloir les soutenir, mais on achète des produits importés ou non locaux. Ce double langage fragilise concrètement nos producteurs et leur savoir-faire. Et que dire de ceux qui, sur les réseaux sociaux, affichent fièrement leur soutien aux paysans lors de manifestations ou campagnes médiatiques, hashtags et photos à l’appui, mais retournent ensuite dans leurs supermarchés, caddies remplis de produits anonymes importés, achetés “en toute discrétion” ? Cette hypocrisie numérique, aussi confortable que déconnectée de la réalité, ne nourrit personne… sauf peut-être la mauvaise conscience.

Alors, un conseil simple : Sortez de ce cercle vicieux et faites confiance à nos producteurs locaux.

Ils nous nourrissent sainement, préservent nos paysages, protègent notre environnement et entretiennent la nature, notre bien le plus précieux.

On vous laisse deviner quelle est, à ce jour, la surface réellement cultivée en lentilles sur le Steinhart…

Ci-dessus des produits BIO made in Steinhart du GAEC de la Charmille à Hundling : Huile de colza / Lentilles vertes / Farine de blé.

Qui, parmi vous, connaissait réellement les lentilles du Steinhart… et en consommait avant aujourd’hui ?

La souveraineté alimentaire ne se décrète pas.
Elle ne se revendique pas à coups de slogans, réels ou story.
Elle commence, et se termine, dans l’assiette.

Le populisme, lui, prospère ailleurs : sur les réseaux sociaux, dans les postures faciles et les soutiens de façade.
Afficher son attachement aux paysans tout en remplissant son caddie de produits anonymes importés n’a jamais nourri personne, ni protégé la biodiversité, ni fait vivre un territoire.

S’engager pour une souveraineté alimentaire réelle, honnête et cohérente, c’est changer ses habitudes, pas seulement son discours.
C’est choisir de consommer les produits sains issus des fermes locales, celles qui nourrissent les hommes, entretiennent les paysages et préservent notre environnement.

Les producteurs sont là.
Le savoir-faire existe.
La question est simple : que mettez-vous, concrètement, dans votre assiette ?

Vive la Lentille verte du Steinhart !

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La recette de Grùmbèrrekìeschle (galettes de pomme de terre) du Steinhart