Les croix et calvaires de Folkling

Parmi les nombreuses actions menées par l'association Steinhart Terre d'Origines, l’une d’entre elles est le recensement et l’aide à l’entretien des calvaires présents sur notre territoire. Témoins précieux de notre histoire et de notre patrimoine religieux, ces monuments méritent d’être connus et protégés.

Il y a bien longtemps nos ancêtres du Hérapel érigeaient des monuments votifs à l'honneur de leurs divinités.
Leurs successeurs, devenus chrétiens, perpétuaient ces habitudes en élevant des crucifix à l'honneur du Christ sauveur et rédempteur.
Le langage courant les appelle croix ou, pour désigner l'emplacement, également calvaire.

Sur les routes profondes et silencieuses, ces croix veillent sur le monde. Elles marquent les carrefours, trônent sur les hauteurs, dorment au fond des vallées, généralement encadrées d'arbres séculaires.

Elles témoignent d'un passé plus ou moins lointain. Hier, elles attiraient l'attention, aujourd'hui on ne les remarque plus, car les prières se raréfient. Et pourtant, elles font partie du paysage familier.

Les monuments, dont la construction suivait les mouvements architecturaux, culturels et artistiques de l'époque, furent érigés sur initiative privée, mais aussi par la volonté populaire face aux épidémies, peste et choléra.

Gravées dans la pierre, les inscriptions délivraient les messages : décès durement ressenti, demande de faveurs ou remerciement d'un vœu exaucé. Le nom des fondateurs faisait rarement défaut.

Leur présence devait sensibiliser l'entourage. Le passant se signait et les enfants, après la promenade familiale du dimanche, déposaient, suivant la saison , leurs bouquets de perce-neige, pâquerettes ou muguets.

Les archives, documents et visites in situ, mis en commun dénombrent 20 croix et calvaires érigés sur son territoire.

Aujourd'hui il n'en reste plus que 6 debout.

 

Dans cet article, retrouvez l’ensemble des calvaires recensés sur la commune de Folkling, et son annexe Gaubiving :

 

Calvaire situé au Cimetière de Gaubiving (Folkling)

Cimetière de Gaubiving

Nicolas et Ferdinand Zimmer, derniers des neuf enfants d'André et Marie Lapp, épousent respectivement en 1906 et 1910, les sœurs Léonie et Marie Catherine Schmitt.

Après la Grande Guerre, les deux familles projetaient de s'expatrier aux États-Unis d'Amérique.

Elles espéraient un voyage favorable et un accueil bienveillant dans leur nouvelle patrie. Et pour que tous les souhaits, vœux et désirs se réalisent et soient exaucés, les deux frères décidèrent d'ériger ce calvaire.

Ils l'installèrent à gauche de la route de Folkling, un peu au-delà du chemin venant de Kaiserlich, blotti dans une haie qui bordait la route à l’époque.

Le monument de belle facture est taillé dans du grès vosgien dont le sommet s'élève à 2,20 mètres du sol. Le fût est surmonté d'un fronton curviligne dans lequel s'inscrit, en relief, le trigramme JHS coiffé de la croix latine signifiant : par la croix, Jésus sauva les hommes. Gravée dans le cadre, aux moulures à angles déportés, l'inscription est muette quant aux raisons de la construction  indiquées ci-devant. La formule, ici traduite en français exprime : Érige à la gloire de Dieu en l'an 1919 fondé par Nicolas et Ferdinand Zimmer. La citation pouvait être plus conséquente, car le cadre n'est rempli qu'au deux tiers. Place intentionnellement réservée ?

En 2000, le calibrage de la route déplaça le calvaire devant le cimetière. Une croix métallique remplaça l'originale en grès. Il sera restauré en 2004 suite à un acte de vandalisme.


calvaire au niveau de la piste cyclable. Coordonnées GPS : 49.14909, 6.87922

A l'extrémité de la Rue du Hérapel, peu après l'entrée dans la forêt

Kremer Pierre et Welter Anne, mariés à Folkling le 8.4.1872, avaient 8 enfants. En 1910, ils érigèrent cette croix au bord du Kocherenweg, l'actuelle rue du Hérapel.

Le calvaire s'élève à deux mètres. Socle et fût sont en grès et la croix, haute de 40 centimètres, en fonte moulée aux branches tréflées avec feuilles ajourées.

La croix, de petite taille, semble remplacer l'originale, en pierre, normalement plus grande pour proportionner harmonieusement l'ensemble. La jonction au corps indique clairement la substitution.

L'épitaphe, fortement dégradée, écrite en langue allemande et lettres latines, affiche « Errichtet zur Ehre Gottes im Jahre 1910 von Familie Kremer Welter ». (Érigée à la gloire de Dieu en l'an 1910 par la famille Kremer Welter).

Au-dessus, sur le fronton, apparaît en relief, le trigramme IHS surmonté d'une croix latine. Les lettres IHS, initiales de JESUS HOMINUM SALVATORE, coiffé de la croix signifient  « Par la croix, Jésus sauva les hommes ».

À la vente du terrain, pour la construction de la maison n° 6 rue du Hérapel, le calvaire fut translaté à l'entrée de la forêt du Hartbusch, à droite du chemin. Victime d'un acte de vandalisme, il sera restauré et nanti de la croix réparée ci-devant décrite.


Calvaire 29 rue des prés

Rue des Prés

L'inscription « Dieses Kreutz ist errichtet worden von M : LACOUR und Cath : FORRER zur Ehre Jesus Maria Joseph » est particulière de par sa dédicace à la Sainte Famille.

Lacour Michel épouse Forrer Catherine le 7.10.1857 à Folkling d’où 9 enfants nés entre 1859 et 1874.

Les raisons qui incitèrent la famille à élever ce calvaire demeurent inconnues. La descendance s'est éteinte au village. La croix, qui surmonte le monument, est en fonte coulée avec au croisillon la représentation d'un personnage, ou d'un saint protecteur, indéfinissable.

Placé au bord de la rue des Prés, le calvaire gêna la construction de la maison n° 29, raison pour laquelle le propriétaire Goetman Philippe la démonta et la déposa en attente d'une éventuelle reconstruction. Dès la construction terminée, il la restaura avec mise en peinture de la croix et l'éleva bien en évidence devant sa maison.


calvaire 68 Rue de Gaubiving - Croix métallique avec le corps du Christ sur un socle en pierre

Rue de Gaubiving

L'épitaphe porte les patronymes Hagenburger (orthographe germanisée) et Lorsung.

Hagenbourger Jean Nicolas épousa Lorsung Marie le 11.6.1767 à Folkling d’où 3 enfants. Son épouse décéda le 1.7.1872 et Jean Nicolas épousa sa sœur Élisabeth, le 28.4.1874, d'où 6 autres enfants.

Le père de famille décéda le 9 mars 1910 à l'âge de 74 ans, et le calvaire fut érigé en 1913, trois ans plus tard. Pourquoi ce retard ? Était-ce la conséquence d'un vœux qu'il n'avait pu satisfaire de son vivant ?

Le calvaire situé à l'angle de la rue de Gaubiving et d'un chemin de terre (aujourd'hui Passage du calvaire) fut installé à l'ombre d'un énorme cerisier. Abattu dans la nuit du 2 au 3 décembre 1944 par l'armée allemande, son absence dégrada le charme du site après guerre.

Le monument est bien proportionné. Le sommet s'élève à 2,20 mètres de hauteur. Le fût décoré sur trois faces d'un lobe brisé inscrit dans un rectangle porte l'épigraphe « Errichtet zur EHRE GOTTES im Jahre 1913 von JN Hagenburer Lorsung » (érigé à la gloire de Dieu en l'année 1913 par JN Hagenbourger Lorsung). Elle présente la préposition von ( en français par) comme oubliée ou rapportée a posteriori pour valoriser la citation.

La croix, en fonte moulée et branches tréflées, mesure 87 sur 63 centimètres. Accidentée et brisée, un renfort, boulonné à l'arrière, rétablit l'entité de nouveau. Le pourtour incurvé de la cassure indique clairement une réparation différemment opérée dans le passé.

Un fils, Louis (Lorenze Louis) s'occupa du calvaire, entouré d'une grille autrefois, et l'entretient jusqu'à son décès, le 2.9.1960.


Calvaire à Gaubiving (Folkling) ruisseau - Coordonnées GPS : 49.14593, 6.92751

La chapelle de Dehling (ancienne terre d'Empire, entre Gaubiving et Tenteling)

La chapelle, dans sa conception, ressemblait beaucoup à celle de Remsing : érection d'un calvaire enfermé plus tard dans un bâtiment et couvert d'une toiture.

La croix de la Passion fut élevée en 1747, comme l'atteste l'inscription, fortement dégradée, gravée dans la pierre :

dont la traduction donne : La croix a été érigée à la gloire de Dieu et a été érigée par Wilhelm Winter et Maria Max -1747-.

Le couple Guillaume Winter - Marie Max (il faut lire Marx) venait de Werbeln (Sarre). Il était censier du domaine depuis 1710, remplaçant Jean Georges Lauer qui avait rebâti la ferme.
Marie Marx décéda le 27 février 1747.

Le calvaire fut donc élevé avant cette date, à moins qu'il ne le fut au cours de l'année, en souvenir de sa mémoire.

La croix est imposante, haute de plus de 3,50 mètres.

Un socle massif évasé au sommet forme l'autel avec une table de dimension 148 sur 74 centimètres.

Actuellement haut de 80 centimètres, à cause du remblai autour, il accusait à l'origine près d'un mètre. La symétrie du cartouche sculpté dans le soubassement justifie l'affirmation, rendant ainsi à l'ensemble des proportions simples.

Sur la table étaient placées primitivement les statues de la Vierge douloureuse et de Saint-Jean, hautes d'un mètre environ. À son milieu s'élève la base de la croix, formée décorativement de deux socles superposés.

Le socle inférieur est composé d'une corniche, avec l'inscription dissymétrique « O CRUX AVE SPES UNICA » surmontée du médaillon bombé encadré de deux rocailles, avec l'inscription ci-devant traduite, formant un semblant de tabernacle.

Le sommet épouse la base du deuxième socle sur lequel domine une tête de mort, inscrite sur une coquille, rappelant au visiteur son « momento mori ». Ce symbole est encadré de deux plantes à feuilles et fleurs écloses et bordées de deux autres rocailles.

La croix, timbrée à sa base d'une tête d'ange et d'une rosace inscrite dans un cadre, porte un Christ en souffrance.

Le crucifié accuse 80 centimètres de hauteur. Il est couronné d'épines, la tête légèrement inclinée sur la droite, cheveux longs et barbe courte, les bras étendus et les mains ouvertes aux clous visibles, le linceul noué par une large boucle, le pied droit sur le pied gauche en appui sur un suppédaneum, la marque du coup de lance sur le côté droit.

Sur la branche supérieure flotte un écriteau aux initiales INRI  (Jésus de Nazareth Roi des Juifs).

Cette croix, élément principal, était entourée de quatre murs, dont celui du fond collait à son arrière, composés de briques plates et minces liées à la chaux. De forme carrée, la chapelle accusait sensiblement quatre mètres de côté.

À la fin du siècle dernier, elle menaçait ruine par manque d'entretien : les derniers habitants avaient quitté les lieux. En 1934, il ne restait qu'un pan de mur à l'arrière du monument en dégradation. Sur la table se dressaient encore les statues de la Vierge et de Saint-Jean, fortement dégradées par le temps.

Une restauration sommaire fut alors entreprise. Durant les travaux, les fondations du bâtiment étaient encore visibles dans le sol.

Les combats de la Seconde Guerre mondiale n'étaient pas sans conséquences et pour sauver ce patrimoine de deux cents ans d'âge, le Conseil Municipal, dans sa séance du 4 août 1951, débloqua une subvention pour sa remise en état.

La pierre subit une réfection et pour consolider le monument, un support en briques, solidement construit à l'arrière de la croix, maintient l'ensemble en position par des tenons en fer.

Le résultat de cette intervention est heureux et permet aujourd'hui au promeneur de passage de méditer devant le reliquat de la chapelle, à l'ombre d'un énorme châtaignier, des heurs et malheurs de la gent laborieuse de la cense de Dehling.


La chapelle de Remsing

Vers 1750, Jean Georges Versinger s'installa à la tuilerie de Remsing. Il construisit, à ses frais, un oratoire en 1763 « pour rassembler sa famille et ses ouvriers pour faire les prières du matin et du soir ». Dégradée pendant la Révolution, son fils la restaura et elle fut bénite le 25 mars 1804. La tuilerie, qui devint ferme par la suite, changea souvent de propriétaire. Anabaptistes ou  protestants, ceux-ci entretenaient passablement l'édifice religieux. Après l'acquisition de la propriété, Kihl Ernest entreprit sa restauration complète que son successeur Ehrhardt valorisa.

Accessible par une courte allée dallée, la chapelle, de petite taille, habille un carré de 4,30 mètres de côté que coiffe un toit pyramidal.

Elle se trouve en excellent état actuellement.

Une croix de la Passion pièce maîtresse, appuyée contre le mur du fond, décore l'intérieur par sa beauté et attire le fidèle que deux rangées de bancs retiennent à la contemplation. Le monument présente Jésus crucifié avec Marie Madeleine à ses pieds entouré de la Vierge et de Saint-Jean, représentation classique de la Passion. L'épitaphe complète et rehausse l'ensemble par le texte qui exprime le sacrifice du crucifié invitant le lecteur à la méditation.

Le calvaire s'élance sur près de quatre mètres prenant toute la hauteur du sanctuaire, du plancher jusqu'au plafond. Polychrome, aux couleurs joliment choisies, il contraste harmonieusement sur le fond. Sur la croix, de forte proportion,  flotte l'écriteau INRI, initiales latines pour Jésus de Nazareth Roi des Juifs, fixé sur la branche supérieure. Le Christ, tête légèrement inclinée à droite, barbu et cheveux longs, bouche ouverte et les yeux fermés, porte un large voile flottant sur ses hanches. Les pieds sont cloués sans suppedaneum et la plaie apparaît douloureusement sur son côté gauche.

Une coquille, caractéristique du style Louis XV, décore le montant qui s'appuie sur le fût devant lequel Marie Madeleine, agenouillé et mains jointes, regarde humblement. Visible en bas à droite, un calice, seul instrument présent, rappelle les événements de la Passion.

Les statues drapées de la Vierge Marie et de Saint-Jean, hautes d'environ un mètre, complètent la présentation et posent sur le socle en forme de table d'autel.

Le soubassement de cette table qui s'élève à un mètre porte l'épitaphe inscrite dans un cartouche baroque en langue francique et lettres latines majuscules maladroitement gravées dont voici le texte : « O MENSHEN KIND BETRACHT DEIN SINT DIE MICH ANS CRVTZ GESCHLAGEN AVS GROSER LIEB HAB ICH GETHAN DIE ICH ZU DIR GETRAEN -1763- » (O fils de l'homme médite ton péché qui m'a cloué sur la croix dont j'ai souffert un grand amour pour toi -1763- ).

Rare dans la tradition de l'époque, le nom du fondateur fait défaut. Est-ce volontaire ? Est-il caché dans le texte ? Dans l'affirmative, comment déchiffrer sa présence ?

L'instabilité du patronyme Versinger amenait les formes Fersing, Wersing et peut-être d'autres encore. En ajoutant la familiarité des prénoms, le style de la rédaction et la grammaire du texte, le décodage, s'il y avait, est difficile. À défaut d'acte de fondation, la demande de bénédiction de 1804 lève toute ambiguïté en citant « le père de Caspard Wersing », c'est-à-dire Georges Versinger.


Sources : N. Becker et O. Muller

 
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