Le Steinhart s'invite sur Moselle TV : une région qui n'existait pas il y a un an

Il y a un an à peine, si vous aviez demandé à un Mosellan de situer le Steinhart sur une carte… silence radio. Le Steinhart ? Connais pas.

Et pourtant.

Une région entière, nichée au cœur de la Moselle, assise sur un socle calcaire unique dans le département (le Muschelkalk) qui lui confère une biodiversité rare, fragile, et d'une richesse que peu de territoires mosellans peuvent revendiquer. Une histoire millénaire, une langue vivante, des orchidées sauvages, une histoire religieuse encrée... Une géologie qui raconte 240 millions d'années d'histoire de la Terre.

Inconnus au bataillon ? Plus pour longtemps.

L'association qui a tout changé

Si le Steinhart commence à exister sur la carte de la Moselle, il y a une raison. Une seule, l'association Steinhart Terres d'Origines.

Depuis sa création, elle documente, raconte, photographie, archive, interpelle et surtout met a disposition au grand public. Elle fait le lien entre les habitants et leur territoire, entre le passé et le présent, entre la nature et ceux qui y vivent. Elle transforme ce que les anciens savaient sans le dire en quelque chose que tout le monde peut lire, comprendre, partager.

C'est grâce à ce travail collectif et acharné que Moselle TV a poussé la porte du Steinhart, pas par hasard mais par conviction.

Coulisses de l’interview de Bernard Cerquiglini par Moselle TV - Photo : V. Fersing

Le Steinhart, territoire d'exception : histoire, culture, nature et patrimoine

Lors du tournage, 5 thèmes ont été mis en avant :

L'histoire : avec la Guerre de Spicheren de 1870, bataille fondatrice qui a marqué la mémoire collective de la région et dont les traces sont encore lisibles dans le paysage.

La culture : avec le Platt, cette langue francique que nos grands-parents parlaient sur les genoux de leurs mères. Qui n'est pas un patois, mais une langue à part entière, l'une des sources profondes du français moderne. Nous y avons consacré un article complet suite à la conférence intitulée "Ce que le français doit au francique" de Bernard Cerquiglini, l'un des linguistes français les plus influents.

La biodiversité : avec les orchidées sauvages du Steinhart, joyaux discrets d'une flore calcicole d'une richesse exceptionnelle. Ces fleurs ne poussent que là sur ce socle particulier, dans ces conditions précises. Le Bliesgau (réserve de biosphère de l'UNESCO) et le Steinhart sont d’ailleurs des jumeaux géologiques d’une biodiversité exceptionnelle ! Le Bliesgau est collé au Steinhart et situé de l’autre côté de la frontière, en Allemagne. Le Steinhart présente un sol calcaire strictement identique, une biodiversité équivalente et des structures paysagères semblables en tous points, est géologiquement et écologiquement indissociable du Bliesgau. En savoir plus.

La géologie : avec le Muschelkalk, cette roche calcaire qui fait la singularité absolue du Steinhart dans le paysage mosellan. Quasi entièrement posé sur ce substrat, le territoire lui doit sa biodiversité, ses paysages, sa flore, sa faune… et une fragilité qu'il faut protéger avec la même rigueur qu'on admire sa beauté.

Le patrimoine religieux : avec les calvaireset croix qui jalonnent le territoire depuis des siècles, témoins silencieux d'une foi populaire et d'une histoire locale que personne ne racontait plus, jusqu'à aujourd'hui.


Une des plus belles régions de Moselle, et ce n'est pas une opinion

La Lorraine compte 28 régions naturelles. La plupart des Lorrains n'en connaissent que deux ou trois. Le Steinhart est dans la liste des plus belles, aux côtés de Sierck-les-Bains, ces territoires complets qui conjuguent nature, histoire, patrimoine vivant et paysages préservés.

Nous voulons aller plus loin, plus loin que la Moselle. Faire connaître le Steinhart à ceux qui ne savent pas encore qu'il existe, en Lorraine, en Alsace, dans le Grand Est, et au-delà.

Parce que ce territoire le mérite, parce que ce qu'il abrite est rare et parce qu'on ne protège que ce qu'on connaît.

Orchis de Traunsteiner (Dactylorhiza traunsteineri)

Bondrée apivore - Photo : P. Nagel

Remerciements

Ce reportage n'aurait pas été possible sans les femmes et les hommes qui portent la mémoire et la connaissance de ce territoire.

Edward Klein, historien de Spicheren, pour avoir éclairé de sa passion et de sa rigueur les heures sombres et décisives de la Guerre de 1870 sur notre territoire.

Daniel Milutinovic, spécialiste du sol calcaire et de la géologie de la région, pour nous avoir ouvert les yeux sur les 240 millions d'années d'histoire qui se cachent sous nos pieds.

M. Wack et M. Spohr, de la Maison des Arts et Traditions de Rouhling, gardiens précieux d'un patrimoine culturel et artisanal que nous aurions pu perdre.

Rebecca Pink et son mari M. Doub, pour leur accueil et leur témoignage sur le Platt.

René Hein, pour ses orchidées et sa connaissance d'une flore calcicole que peu de gens savent encore lire.

Jean-Claude Kaas, pour l'histoire de son calvaire, un récit qui dit à lui seul tout ce que ce territoire porte de mémoire vivante.

Valentin Fersing, pour la coordination sans faille de ce tournage, derrière chaque belle image il y a quelqu'un qui a pensé à tout.

Hervé Atamaniuk, pour avoir rendu possible le déplacement de M. Bernard Cerquiglini dans notre région, une rencontre exceptionnelle autour du Platt et de ses racines franciques.


Le Steinhart existe, il a maintenant une voix.
Et nous ne faisons que commencer.

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Le grand tabou de la langue française : les Mosellans plattophones en sont les gardiens