Le Pape à Metz rappelle à l'Europe qui elle était

C'est aujourd'hui, lundi 28 septembre 2026 en Moselle, où nous sommes en train de vivre quelque chose que peu d'entre nous verront deux fois dans une vie.

Léon XIV est arrivé à l'aéroport de Metz-Nancy-Lorraine à 9h20. Et avec lui, une question que nous n'aurions pas imaginé poser un lundi matin de fin septembre : qu'est-ce que l'Amérique vient faire à Metz pour parler de l'Europe à l'Europe ?

Contre toute attente Leon XIV choisit Metz pour l’Europe

Le pape Léon XIV a choisi Metz pour porter un message de paix au cœur de l'Europe. Robert Francis Prevost, né à Chicago, Pape des catholiques du monde entier, avait le choix. Il termine son voyage apostolique en France, après Paris, après Lourdes, par Metz.

Pas Lyon. Pas Strasbourg. Pas Bordeaux. Metz.

La dernière fois qu'un Pape était venu à Metz, c'était Jean-Paul II en 1988. Le Pape François était venu à Strasbourg en 2014. Et aujourd'hui, c'est au Centre des Congrès Robert Schuman que Léon XIV a ouvert sa journée par une rencontre interreligieuse et une rencontre aux racines de l'Europe pour la paix et l'unité.

Robert Schuman. Le nom n'est pas là par hasard. Aucun Pape ne choisit ses symboles par hasard.

 

“La liberté, l’égalité et la fraternité ne sont pas de simples mots gravés sur les frontons de vos édifices publics, mais renvoient à des exigences éthiques universelles.”
— Léon XIV, Paris

 

Qui était Robert Schuman et pourquoi Metz ?

Robert Schuman est né le 29 juin 1886 à Luxembourg, mais sa famille est originaire d'Évrange, en Moselle plattophone, exactement notre territoire.

Fils d'une famille francique, et non de langue allemande comme nous avons pu l’entendre sur une grande chaine d’information continue connue… pour ses informations approximatives, et devenu trilingue francique luxembourgeois-français-allemand dès l'enfance, il a grandi dans cet entre-deux que nous connaissons si bien : ni tout à fait français, ni tout à fait allemand, mais profondément lorrain et européen avant que le mot existe, tout comme 500000 Français de la zone plattophone de moselle.

Après la Seconde Guerre mondiale, alors que l'Europe était un champ de ruines morales autant que matérielles, c'est lui qui a posé l'acte fondateur. Le 9 mai 1950, dans le Salon de l'Horloge au Quai d'Orsay, il lit la Déclaration Schuman, qui donnera naissance à la CECA, puis à la Communauté Économique Européenne, puis à l'Union Européenne.

Sa conviction profonde, que l'Europe unie était la seule façon d'empêcher que les guerres ne recommencent. Que la réconciliation franco-allemande n'était pas une option politique, mais une nécessité morale.Que la foi et l'engagement au service de la paix étaient inséparables.

Cet homme est aujourd'hui à la veille d'être canonisé. Son procès en béatification est en cours depuis des années. La Moselle est liée à la figure de Robert Schuman, l'un des fondateurs de l'Union européenne. Et c'est dans le centre de congrès qui porte son nom que le Pape a parlé ce matin.

 

Une journée symbolique

Aujourd’hui à Metz, nous allons vivre des moments forts,

  • Une rencontre interreligieuse à 10h au Centre des Congrès Robert-Schuman, un texte pour la paix a été signé par tous les représentants des religions lors de cette rencontre, et remis en signe fort à deux enfants.

  • Un discours et une rencontre européenne, toujours au Centre des Congrès Robert-Schuman, à 11h avec le chef d’état et de nombreuses personnalités publiques et politiques.

  • Une déambulation en papamobile dans les rues de Metz à 14h30.

  • Une messe de la paix célébrée en la cathédrale Saint-Étienne à 16h.

Durant toute sa tournée Française, le Saint-Père n'aura eu cesse de parler de paix, d’humanité et de s'adresser aux jeunes à qui il souhaite des repères solides pour respecter la dignité de toute personne humaine et de prendre leur avenir en main.

 

“Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral”
— Léon XIV, Lourdes

 

Pourquoi maintenant, et pourquoi ça nous concerne

Nous traversons de multiples confrontations mortifères dans le monde, dont celle entre les empires de l'Est et de l'Ouest. La Russie, l'Ukraine, un conflit qui vient de dépasser en durée celui de la Seconde Guerre mondiale. Des Pétainistes qui s'opposent au soutien de l'Ukraine, des Gaullistes de la première heure qui le défendent, des ouvriers de la onzième heure qui se réveillent.

La situation est bloquée parce que l'évolution technologique des armements met tantôt l'un, tantôt l'autre, en position de force, sans qu'il puisse y avoir de percée nette.
La résolution sera donc forcément politique.

En célébrant une messe pour la paix dans la cathédrale Saint-Étienne, le Saint-Père veut aussi rappeler que la réconciliation entre les peuples est possible et que l'Europe peut offrir au monde un témoignage de fraternité, particulièrement dans le contexte des conflits actuels.

Entre une France égocentrée et à bout de souffle économique, et une Allemagne qui s'était installée dans un confort matériel insolent en oubliant que les empires remontaient, il y a une alternative. La seule, la meilleure, c'est l'Europe des âmes telle que Robert Schuman l'appelait de ses vœux. Et c'est précisément ce que vient rappeler ce matin à Metz un homme né à Chicago.

Bon nombre de politiques se réclament de Schuman aujourd'hui. Mais bon nombre de ceux-là mêmes qui s'en revendiquent n'appliquent ni ses conseils, ni sa ligne, ils plaident de plus en plus pour un repli sur soi, une politique de barrières et de frontières.

Les discours du Pape pourrait faire bouger les lignes.

Ce que nous, habitants du Steinhart, avons à dire

Qui mieux que nous peut témoigner ?

Nous avons subi quatre changements de nationalité. Assis sur la même chaise, nos maisons détruites, reconstruites, redétruites… Nos grands-parents qui ont vécu sous quatre drapeaux différents sans bouger de leur village. Notre langue interdite, nos prénoms changés, notre culture effacée puis récupérée selon les besoins de l'histoire.

Ce que vivent aujourd'hui les Ukrainiens du Donbass, et d'ailleurs, nous pouvons en parler avec cette expérience particulière que donne le fait d'avoir été des victimes de l'Histoire plutôt que des observateurs de celle des autres.

Et si ce déplacement hautement symbolique du souverain pontife à Metz, dans le centre de congrès qui porte le nom de notre enfant du pays, pouvait faire prendre conscience au monde entier qu'il est temps d'arrêter ce massacre, peut-être nous restera-t-il encore un peu de temps pour éteindre notre planète qui brûle…

 

“L’Europe à progressé quand elle a su prendre conscience de son passé”
— Léon XIV, Metz

photo: radio melodie

 

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