Le Frelon asiatique : ce n’est pas une invasion, c’est une conséquence

Depuis son arrivée en France il y a vingt ans, conséquence de la mondialisation et du dérèglement climatique qui favorisent les déplacements et l’implantation de nouvelles espèces, le frelon asiatique, comme d’autres espèces récemment installées (mante religieuse, tourterelle turque ou renouée du Japon), a conquis la quasi-totalité de nos départements, laissant derrière lui des ruches décimées et une biodiversité en souffrance. Mais alors que l'on pensait la menace identifiée, un nouveau venu, le frelon oriental, vient d’être signalé jusqu’au cœur du Loir-et-Cher en ce début d'année 2026.

Face à cette pression grandissante, les méthodes de lutte classiques peinent à contenir l'expansion.

Le frelon asiatique est aujourd’hui considéré comme l’ennemi numéro un des abeilles en France. Partout, des campagnes de piégeage et de destruction sont organisées.

Mais sur le terrain, certains observateurs posent une question dérangeante : et si le véritable problème n’était pas le frelon asiatique lui-même, mais certains déséquilibres créés par nos pratiques apicoles et agricoles ?

Une menace pour la biodiversité française

Depuis son arrivée accidentelle dans le Lot-et-Garonne au début des années 2000, le frelon asiatique (Vespa velutina) a colonisé la quasi-totalité des départements français.

Ce prédateur invasif représente un véritable fléau pour l'apiculture et l'équilibre écologique. En s'attaquant massivement aux abeilles domestiques et aux insectes pollinisateurs indigènes, il fragilise nos écosystèmes et impacte directement les productions agricoles locales.

En France, la lutte contre ce nuisible s'avère complexe et coûteuse, reposant souvent sur le piégeage manuel ou la destruction chimique des nids, des méthodes qui ne sont pas toujours sans conséquence pour l'environnement…

Photo : P. Nagel - frelon asiatique

Photo : P. Nagel - frelon asiatique

Chaque année en France, on estime qu’environ une quinzaine de personnes décèdent à la suite de piqûres ou d’attaques de frelons, le plus souvent en raison de réactions allergiques sévères.

L’indépendant - Octobre 2025

Une nouvelle menace arrive en France

Si le frelon asiatique reste aujourd'hui le premier exterminateur d'abeilles dans nos départements, un nouveau venu inquiète les autorités : le frelon oriental (Vespa orientalis). Repéré à Marseille en 2021, ce "cousin" venu du Moyen-Orient s'installe durablement.

En janvier 2026, des signalements ont été confirmés à Blois (Loir-et-Cher), prouvant sa progression vers le nord.

Ce qu'il faut savoir sur ce nouvel envahisseur :

  • Sa morphologie : Il est roux avec une face jaune et une large bande jaune sur l'abdomen.

  • Ses “super-pouvoirs” : Il possède une bande abdominale capable de capter l'énergie solaire (autotrophie) et une résistance unique à l'éthanol.

  • Son impact : Bien que moins agressif envers l'homme, il commet des "carnages" dans les ruchers et s'attaque aux fruits mûrs dans les vergers.

Le frelon oriental (Vespa orientalis)

Les mots qui suivent vont fâcher du monde.
Tant pis.

Vous connaissez “l’homme insecte” ?

Aujourd’hui, en observateur de terrain dans le Steinhart et ses environs, il dit ce qu’il voit et ce qu’il comprend.
Il a récemment passé, comme bien souvent, près d’une heure au téléphone avec un apiculteur du Grand Est. Un échange intéressant.
Parce que cet apiculteur commence enfin à comprendre une chose simple : il est inutile de faire haro sur le Vespa velutina (frelon asiatique) en France.

Les campagnes de piégeage : inefficaces et contre-productives

Partout en France, des campagnes départementales et nationales appellent au piégeage massif et à la destruction systématique. Sur le papier, cela semble logique. Dans la réalité, c’est souvent l’inverse qui se produit.

Les pièges capturent surtout des insectes qui ne sont pas ciblés. Parfois 97 insectes non concernés pour 3 frelons !
Autrement dit : une hécatombe inutile. Et cela, l’homme insecte, ça l’agace sérieusement.

Car non, le frelon asiatique n’est pas le problème. Vraiment pas.
Le frelon oriental qui arrive ne l’est pas non plus.
Et ceux qui arriveront demain ne le seront pas davantage.

Tapez "frelon asiatique" sur Google. Vous verrez.

Des pièges. Des tutos. Des kits. Des casseroles retournées érigées en solution nationale. Le frelon asiatique est en train de générer un chiffre d'affaires considérable, et pendant ce temps, personne ne parle de ce qui a permis son installation foudroyante sur nos territoires.

Ce n'est pas une solution. C'est un business. Nuance.

Le vrai problème : les pratiques apicoles et agricoles intensives

Le véritable souci se trouve ailleurs, dans certaines pratiques apicoles et agricoles intensives en France et en Europe. À force de remembrements, d’arrachages de haies, de berges “nettoyées” et de milieux simplifiés, la biodiversité s’effondre peu à peu.

Et quand la biodiversité s’effondre, le restaurant des pollinisateurs se vide. Moins de fleurs, moins de nectar, moins de pollen.

Le frelon asiatique est en réalité une réponse écologique à un déséquilibre. Une réponse face à une situation devenue absurde, des milliards d’abeilles domestiques, souvent hybridées et importées, concentrées dans d’immenses ruchers, qui exploitent dès l’aube nectar et pollen (bien heureusement il n'y a pas des centaines de ruches sur un seul point dans le Steinhart).

Et pendant ce temps, les 950 espèces d’abeilles sauvages et solitaires de France doivent se partager les restes.
Le restaurant est déjà maigre.
L’agriculture intensive a considérablement réduit la diversité florale.
Les haies ont disparu.
Les prairies naturelles aussi.

Et pour compléter le tableau, chacun tond son terrain chaque semaine, d’un seul coup, transformant les jardins en déserts écologiques.

Le frelon asiatique, régulateur opportuniste

Dans ce contexte, le frelon asiatique fait ce que fait tout prédateur opportuniste, il prélève là où la ressource est la plus concentrée et la plus facile. Exactement comme un exploitant pétrolier commence par pomper les gisements les plus accessibles, avant d’aller chercher ceux qui demandent beaucoup plus d’énergie.

Les abeilles domestiques concentrées dans les ruchers sont une cible idéale.
Les abeilles solitaires, elles, sont dispersées. Beaucoup plus difficiles à capturer.

Voilà pourquoi le frelon asiatique s’y intéresse beaucoup moins.

Ci-dessus 3 frelons bien de chez nous, qui attaquent et tuent un frelon asiatique - Une vidéo de J-M Hoffmann, apiculteur amateur du Steinhart.

Frelon européen (Vespa crabro) dévorant un papillon - Photo : P. Nagel

Et si on arrêtait de se battre contre des moulins à vent ?

François Lasserre, chercheur spécialiste des hyménoptères, lâche une vérité que personne ne veut entendre : on ne va pas éradiquer le frelon asiatique. Jamais.

Et il a raison.

Les guêpes germaniques, ces guêpes communes qu'on croise à chaque pique-nique, ont été introduites par accident en Afrique du Sud et en Nouvelle-Zélande. Résultat ? Des décennies de lutte. Zéro éradication. Les hyménoptères sociaux, une fois installés, ne partent plus. C'est une loi biologique, pas une opinion.

Lutter contre Vespa velutina aujourd'hui, c'est, selon ses propres mots, "écoper un paquebot avec une cuillère." Sans molécule de synthèse capable d'attirer uniquement le frelon à pattes jaunes, et cette molécule n'existe pas, chaque piège installé dans le Grand Est et plus largement en France est un geste symbolique. Rassurant. Mais inutile.

Bonnes et mauvaises espèces : qui décide ?

Voilà où ça devient vraiment inconfortable.

On aime l'abeille domestique. Pourquoi ? Parce qu'elle produit du miel qu'on peut lui voler tranquillement.
On déteste le frelon asiatique. Pourquoi ? Parce qu'il nous en empêche.
C'est aussi simple, et aussi peu glorieux, que ça.

Lasserre va plus loin, et il a le courage de dire ce que beaucoup pensent sans l'assumer, nous (l’Humain) sommes les premiers des espèces invasives. Venus d'Afrique il y a 50 000 ans, installés partout, consommateurs de tout, prédateurs de tous les équilibres. Nous avons pris la place de tout le monde… et nous jugeons le frelon.

Ce n'est pas un plaidoyer pour laisser nos ruches se faire décimer. C'est un appel à changer de logiciel. Arrêter le fantasme de l'éradication. Arrêter de classer les espèces en bonnes et mauvaises selon leur utilité pour nos intérêts. Et commencer à réfléchir sérieusement à comment cohabiter, en protégeant nos abeilles autrement qu'avec des casseroles retournées et des pièges vendus en jardinerie.

Un territoire équilibré pour les pollinisateurs

Alors imaginons un instant un autre paysage dans nos régions.

Imaginons que les ruches ne soient plus concentrées par centaines au même endroit, mais disséminées dans le territoire. Le frelon serait alors obligé de chasser à la volée, comme le fait déjà le frelon européen.

Il devrait chercher davantage, voler plus longtemps, dépenser plus d’énergie.
Et c’est précisément ce qui crée l’équilibre naturel des écosystèmes locaux.

Privé de cette manne gigantesque et facile d’accès, le frelon asiatique deviendrait simplement ce qu’il est dans un écosystème équilibré, un régulateur parmi d’autres. Ses populations diminueraient naturellement, puis se stabiliseraient après quelques années.

Trois mesures simples pour rétablir l’équilibre dans le Grand-Est et en France

  1. Disperser les ruches, plutôt que les concentrer

  2. Recréer un véritable restaurant pour pollinisateurs : haies, corridors écologiques, fauche alternée, flore sauvage locale

  3. Produire moins de miel mais de meilleure qualité

Après cela, les populations de frelons asiatiques baisseraient et trouveraient leur niveau d’équilibre.
Pas avant.

Tout le reste ressemble souvent à du greenwashing, du type “Nous avons installé des ruches sur le toit de notre siège social, nous agissons pour la biodiversité.”
Logo vert, communication parfaite… Écologie très discutable.

Oui, ces mots dérangent.
Et ils continueront de déranger.

Mais “l’homme insecte” parle simplement avec ses yeux de terrain.

Photo : P. Nagel - Abeille domestique

3 millions d'euros par an contre le frelon asiatique

Article du 27 mars 2026 - Républicain Lorrain

Ils sont devenus fous ces romains !

3 millions d'euros par an pour des pièges, des campagnes, des destructions de nids… contre un insecte qu'on ne peut pas éradiquer. C'est établi, c'est documenté et pourtant, c'est ignoré.

Ces mêmes décideurs qui inondent nos rayons de poulets brésiliens, de miel venu de nulle part, des lentilles du Canada dans les mêmes rayons que nos productions locales, qui ont réalisé des remembrements agricoles, rasé haies, mares et lisières… des décennies de biodiversité effacées en quelques saisons de tracteurs.

Ces mêmes qui ont méthodiquement démantelé les écosystèmes, qui régulent naturellement le frelon asiatique, et veulent maintenant s'en débarrasser à coups de millions et de méthodes guerrières. Cherchez la cohérence (si il y en a).

La nature n'est pas un problème à résoudre avec un budget et un appel d'offres. C'est un équilibre à comprendre, à respecter, à préserver. Il n'y a pas besoin d'être scientifique pour le savoir. N'y a-t-il donc plus personne de sensé pour regarder comment fonctionne le vivant avant de signer un bon de commande ?

Le frelon asiatique n’est pas l’ennemi à abattre. Il est un régulateur naturel, une réponse aux déséquilibres créés par nos pratiques apicoles et agricoles intensives partout en France. Les pièges, les campagnes de destruction et le greenwashing ne feront que masquer la réalité.

Observer le terrain, comprendre les interactions entre frelons, abeilles domestiques et abeilles solitaires, et agir en faveur d’un écosystème équilibré, voilà ce qui compte vraiment. Disperser les ruches, recréer des corridors écologiques et privilégier la qualité du miel plutôt que la quantité, ce sont les véritables leviers pour que le frelon asiatique trouve sa place de régulateur sans nuire à la biodiversité.

Et si on protégeait enfin les prédateurs naturels du frelon asiatique ? La pie-grièche écorcheur, la bondrée apivore… Des prédateurs qui chassent le frelon naturellement, efficacement et qui sont toujours là. Mais pour combien de temps ? Leur biotope (haies, lisières, vieilles prairies, zones boisées) disparaît chaque année un peu plus sous nos machines, nos aménagements et le pire : nos remembrements. Pas de biotope. Pas de prédateurs. Pas de régulation naturelle.

Avant d'acheter un piège, peut-être faudrait-il commencer par ne pas détruire ce qui fonctionne déjà. Nous y consacrerons le troisième et dernier article de cette trilogie.

Le frelon asiatique est là. Il restera là. La vraie question n'est plus "comment s'en débarrasser ?" Elle est "comment adapter nos pratiques apicoles pour que nos abeilles survivent malgré lui ?"

C'est moins vendeur, c'est moins rassurant, mais c'est la seule question qui vaille.

Il est bien présent dans nos jardins, et il cohabite très bien avec les abeilles solitaires, pourquoi ?
Parce qu’elles sont dispersées dans un restaurant digne de Paul Bocuse, riche et varié.

Vous voyez l’idée.
Sinon, prenez le temps d’y réfléchir.

Article agrémenté avec les écrits de Sébastien Heim “l’homme insecte” pour steinhart.fr

 

Chez Steinhart Terre d’Origines, nous partageons ce texte et cette vision car protéger la biodiversité locale, soutenir nos pollinisateurs et repenser nos pratiques agricoles, c’est aussi protéger notre environnement et nos paysages.
Le frelon asiatique ne disparaîtra pas, mais avec patience et bonnes pratiques, il pourra vivre en équilibre avec les abeilles et toute la biodiversité, il ne sera donc pas le problème, mais une partie de la solution.

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Sans le geai des chênes, nos forêts auraient un problème